Les plumes d’Emilie : Nu

Émilie nous proposait un thème un peu olé-olé 😂 pour ces premières plumes de l’année ! Voici la liste des mots à replacer dans un texte : DECOUVERTE, BLANC, VIDE,  CONFIANCE, CROQUER, NATUREL, GRAND, METAL, DEVOILER, CULOTTE, TETE, FROID, FOYER, FUSIONNER.

Le sans-abri

Comment s’était-il retrouvé là, dans le froid, dénué de tout ? Lui, le grand directeur, d’un naturel optimiste, sans cesse à la recherche d’une bonne idée pour faire prospérer sa boîte… Lui qui croquait la vie à pleines dents, la tête sur les épaules, sauf quand il écoutait du Métal à fond selon sa femme. Sa femme justement… peut-être n’en avait-il pas pris assez soin, aveuglé par une certaine confiance : lorsque son foyer est créé, on n’a plus rien à craindre. Tu parles ! Un mauvais placement en bourse et tout s’écroule ! La femme s’en va, l’entreprise prend l’eau. C’est comme si tout fusionnait pour rendre la vie pénible. Les pseudo-amis dévoilent leur personnalité. Ils restent insensibles à la situation, mais se préoccupait-on réellement de la leur auparavant ?

Il errait dans la rue telle une âme en peine, allant à la découverte des lieux les plus chauds, là où il pourrait poser son fond de culotte. Une bouche d’égouts, une entrée de cinéma, de magasin ou de musée. Son pantalon blanc n’avait plus la couleur initiale. Dans sa tête, l’optimisme avait fait place au vide… Il avançait, certes, mais ce n’était plus que physique.

On est bien peu de choses, se dit-il…

Les Plumes chez Émilie : Lecture

Voici la liste des mots à insérer : Bibliothèque, page, virgule, rose, conte, autodafé, évasion, usé, lire, livrer, loisir, occasion, occupé, occulte.

Voici mon texte :

La rédaction

Antoine était retourné à l’école une semaine après le drame. Rosalie et le docteur ne voulaient pas que le petit rumine l’incendie de la ferme. Il fallait qu’il soit occupé afin de ne pas faire plus de cauchemars la nuit. L’école était l’occasion de se livrer à des réflexions de son âge. Ce petit bonhomme avait vécu suffisamment de choses. Il aurait bien tout le loisir, adulte, de régler les problèmes. En attendant, il fallait désormais qu’il ait une vie normale.

À 17h, ce jour-là, Toinou rentra l’air morose. Il avait une rédaction à faire pour le lendemain dont le thème était « l’héroïsme ». Mais comment, à cette heure-là, avoir accès à des livres ? Le peu qu’il avait était parti en cendres dans l’incendie, un crève-coeur pour lui, un autodafé commandité par l’incendiaire qu’il retrouverait un jour ! Quant à la bibliothèque, elle était évidemment fermée puisque c’était celle de l’école. Le petit élève se mit dans la cuisine, sortit son cahier, sa plume et son beau buvard rose tout neuf. L’ancien, tout usé, avait fini, lui aussi, avec les livres. Le docteur avait eu la gentillesse de lui racheter les fournitures qu’il lui fallait. Et il lui avait donné une de ses plumes, ce dont Toinou n’était pas peu fier. Il avait beau réfléchir, rien ne lui venait. Il tournait, l’air désespéré, les pages de son cahier. Rosalie était bien en peine de le voir comme ça. Mais elle ne pouvait pas l’aider, elle qui n’avait pas été à l’école. Elle savait tout juste lire. L’algèbre lui paraissait être une science occulte. Elle ne pouvait qu’essayer de le réconforter. D’ailleurs, elle s’était attelée à la confection d’un gâteau au chocolat.

Toinou entendit soudain des bruits de sabots. Le docteur était de retour de sa tournée. Pour une fois, il rentrait tôt. Il déposa sa lourde mallette sur le sol de l’entrée, mis son manteau et son chapeau sur le porte-manteau, embrassa Rosalie et se pencha sur le garçon en lui gratouillant la tête.

– Alors, bonhomme, comment ça va aujourd’hui ?

Mais l’enfant ne répondit pas. Une grimace fit comprendre à Louis que la journée n’avait pas été un conte de fée. Ce dernier se pencha sur le devoir du petit.

– Hum… l’héroïsme… beau sujet !

L’enfant le regarda, les yeux vides. Soudain, une larme roula sur sa joue.

– Hé, bonhomme, qu’y a-t-il ?

– Je n’ai aucun livre sur lesquels m’appuyer !

– Oh, mais attends, viens avec moi, on va arranger ça !

Louis amena Toinou à l’étage. Il s’arrêta devant son bureau. L’enfant n’avait jamais osé aller dans cette pièce. Le docteur ouvrit la porte. Et là, ce fut comme un enchantement ! Une évasion des sens et de l’esprit ! Un beau bureau en chêne massif vernis trônait au milieu de la pièce. Les murs étaient tapissés de livres aux belles couvertures en cuir.

– Je crois que tu vas trouver ton bonheur !

Le lendemain, l’enfant se leva tout guilleret. Il avait passé du temps à faire sa rédaction mais il en était fier. Il avait regardé les livres, contemplé les graphies, en avait étudié jusqu’aux virgules… Il arriva parmi les premiers à l’école. Lorsque la maîtresse arriva, elle trouva l’enfant avec le sourire, ce qui lui fit bien plaisir. Il sortit, tout fier, sa rédaction dont le titre, fait avec une superbe calligraphie, était le suivant : Le docteur Louis, mon héros.

Les Plumes chez Émilie : Rasséréner

Voici la liste des mots à insérer : Calmer, soutien, douceur, héroïque, patient, cool, grrr, méditation, maternel, modérer, embrouille, évasion, éveil. J’ai laissé « cool » de côté, il aurait été anachronique. Voici mon texte :

Le nouveau foyer

« Non, non, au secours !!! » Antoine avait fini par s’endormir dans son nouveau lit mais son sommeil était encore tout agité par ce qu’il avait vécu : l’incendie de la ferme.

– Calme-toi Toinou, tu es en train de faire un cauchemar !

Rosalie essayait, avec une douceur toute maternelle, d’apaiser son fils. Louis vint la rejoindre et lui passa son bras autour du cou.

– Alors, comment va mon petit patient ?

Antoine était dans un semi-éveil. Dans un brouillard, il perçut les deux personnes qu’il aimait le plus : sa mère et son sauveur.

– Le feu… la ferme… où suis-je ?

– La ferme a brûlé, Antoine, dit le médecin d’un ton qui frôlait la méditation, mais il faut modérer à présent la gravité des choses. Vous auriez pu, ta mère et toi, brûler vifs. Ce ne sont que des dégâts matériels. Il est normal que ton cerveau s’embrouille pour l’instant. Dans quelques temps, tu verras, tu iras mieux.

– Merci docteur ! Rosalie appréciait le soutien que lui apportait ce dernier. Vous avez été héroïque.

– Oh, c’est un bien grand mot Rosalie !

Louis rougissait. Il appréciait de plus en plus la présence de ces deux êtres malmenés par la vie.

– Grrr…

– Qu’y a-t-il Médor ?

Le docteur alla ouvrir la porte. Les villageois étaient venus demander des nouvelles des deux rescapés et apporter des provisions.

– Nous avons une bonne nouvelle : l’incendiaire a été attrapé. Il s’agit de Maurice Vialat. Après son évasion, il a mis le feu à plusieurs fermes pour se venger. Il est sous les verrous et sous bonne surveillance. Il n’est pas prêt de sortir cette fois !

Rosalie était sortie sur le pas de la porte et avait tout entendu. Louis la prit dans ses bras.

– C’est une excellente nouvelle. On va pouvoir tourner la page de ce désastre.

Rosalie se blottit dans ses bras. La chaleur du médecin lui procurait une sensation de bien-être. Elle était prête à se reconstruire à ses côtés.

Les Plumes chez Émilie : Flamme

Voici la liste des mots à insérer : Bois, incendier, éteindre, vive, danse, déclarer, passion, lance, lampe, long, poudre, pyromane, protéger. Voici mon texte :

L’incendie

– Docteur, venez-vite ! Docteur !!!

Louis Paillon se réveilla en sursaut et alluma sa lampe. Quelqu’un criait sous sa fenêtre. Mais quelle heure était-il donc ? « Voilà, voilà, j’arrive ! » grommela t-il en enfilant son pantalon. Les cheveux en bataille, les yeux bouffis de sommeil, il ouvrit sa porte qui émit un grincement significatif de ces vieilles demeures ayant du vécu.

– Hortense ? Que se passe-t-il ? Quelqu’un est malade chez vous ?

Hortense était la dame qui s’occupait d’entretenir l’intérieur de la maison du médecin. Il savait qu’un de ses enfants était de santé fragile.

– Non, Docteur, c’est pour les Martin, leur ferme brûle !

– Que dîtes-vous ?

Cette fois, Louis était bien réveillé. « Vite, prenons ma voiture » dit-il en attelant le cheval. Vous m’expliquerez sur le chemin.

– Le feu s’est déclaré dans le petit bois, à la lisière de leur ferme. Les voisins sont sur place mais ils n’arrivent pas à l’éteindre. Il leur faudrait une lance à eau. Ils n’ont que des seaux. La paille de la grange d’à-côté a pris comme une traînée de poudre. On imagine que c’est encore l’acte de ce pyromane qui traine dans le coin et qui avait incendié la ferme des Tonnelier et la grange des Brousson. Il parait que certains aiment voir le feu qui danse et crépite, la couleur vive des flammes. C’est une passion qui les pousse à passer à l’acte…

– Et Rosalie et Toinou ?

– Je ne sais pas encore, c’est pour ça que je suis venue vous chercher.

Louis faisait courir son cheval comme jamais. Il espérait que les deux allaient bien. Que ce trajet lui paraissait long d’un coup ! Il sentait l’odeur du brûlé et commençait à percevoir les lueurs de l’embrasement. Il arrêta sa voiture sans même attacher sa bête. Tout était dévasté. Ses yeux cherchèrent au milieu des voisins un visage connu. Soudain, il vit quelqu’un arriver sur lui et s’effondrer dans ses bras.

– Docteur, merci d’être venu. Qu’allons-nous devenir à présent ? Nous n’avons plus rien.

– Rosalie ! Ma pauvre, tout va bien ? Où est Toinou ?

– Là-bas, il est choqué mais il va bien.

Elle essaya d’appeler son fils mais son cri se perdit dans un sanglot. Louis la prit par les épaules et rejoignit Antoine, accroupit dans un coin, la tête entre ses mains.

– Ne restons pas là, ça ne sert à rien. Allons chez moi, il y a largement de la place pour trois.

– Mais que diront les gens ?

– Ce qu’ils veulent… Le rôle d’un médecin n’est-il pas de protéger ?

Les Plumes chez Émilie : Surprise

Voici la liste des mots à insérer : Quand, cadeau, baba, chauffage, inattendu, agréable, ébaubi, prix, partie, peur, impavide, incident, ignorer.

La course

– Maman, maman, regarde ce que je te ramène !

Antoine entra en trombe dans la maison, manquant de faire tomber sa mère qui, alertée par ses cris, allait au-devant de lui. Rosalie regarda la magnifique couverture que tenait entre ses mains son fils.

– Mais… Toinou, où as-tu eu ça ?

– À la course maman, j’ai gagné le premier prix.

Rosalie le prit dans ses bras. L’année précédente, son fils s’était blessé et n’avait pas pu concourir. Il en avait été bien malheureux. Elle savait à quel point il aimait lui faire plaisir. Il serait bien allé courir avec son entorse, il ignorait la peur quand il s’agissait de ramener un cadeau à la maison. Mais le médecin avait su le rendre à la raison. L’incident dont Antoine avait été victime aurait pu avoir de graves conséquences.

– Elle te plait, maman ?

– Elle est magnifique ! Cela va être bien agréable cet hiver ! J’en reste ébaubie ! Quel cadeau inattendu ! On dépensera moins de bois de chauffage. Tiens, pour fêter ça, je vais faire un bon gâteau… un baba, je sais que tu aimes ça. Mais tu aurais pu me prévenir quand même, je serais venue te voir et t’encourager. On peut dire que tu sais garder un secret, hein ! Tu es parti comme si de rien n’était, le visage impavide… Tu n’as pas eu mal à ta jambe au moins ?

– Si je te l’avais dit, tu n’aurais pas voulu que je fasse cette course. L’an dernier, j’ai raté le gros jambon qui était mis en jeu. Je voulais absolument te ramener cette couverture. La jambe me tire un peu mais ça va.

Rosalie le serra encore plus fort. Il était le digne fils de son père, toujours à s’inquiéter pour elle. Depuis le décès de Robert, elle se saignait aux quatre veines pour les faire vivre. La partie n’était pas gagnée mais elle réussissait pour le moment à toujours mettre quelque chose sur la table.

– Merci mon Toinou !

– Et si on invitait le docteur ?

– Très bonne idée !