Nouvelles de l’au-d’ici – Yann Venner

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Quatrième de couverture : 

Seize nouvelles oscillant entre plusieurs genres : réaliste, fantastique, poétique, épique, humoristique, surréaliste. L’auteur se promène à la lisière des mots avec des phrases qui s’agitent dans ce livre « comme les feuilles dans une forêt ; toutes dissemblables en leur ressemblance », nous souffle Flaubert.

Jouer avec le matériau verbal et nous entraîner vers des chemins de traverse pour mieux appréhender nos réalités : voilà le but de ces « NOUVELLES DE L’AU-D’ICI ». Méfions-nous, car le réel est peut-être une ruse de l’imaginaire.

 

Mon avis :

Je connaissais Yann Venner en tant qu’écrivain de polars situés dans sa chère Bretagne, mais pas en tant que nouvelliste. Et si j’aimais déjà les trois romans aux titres évocateurs (Cocktail cruel ; Les coccinelles du diable ; Les chevaliers de la dune), je dois bien avouer que je le préfère largement dans des textes courts faisant la part belle aux références. J’y ai retrouvé du Tardieu par le jeu sur les mots, du Maupassant, du Marcel Aymé et bien d’autres encore… J’ai joué à les reconnaître. Tenez, ce passage, tiré de « Rêve de chien » ne vous dit-il pas quelque chose  ?

« Ce matin-là, à l’heure où l’épeire des champs tisse sa fine toile, l’ouvrier Marcel Kébir ouvrit ses volets sur un monde en déliquescence. Il pleuvait encore sur Brest (…) » (P39).

Non ? Eh bien moi, ça me rappelle Hugo (« à l’heure où blanchit la campagne »), Barbara (« il pleut sur Nantes ») et l’attaque de Mers El-Kébir. Non pas que l’histoire en parle – il s’agit là d’un homme qui se pense trompé et qui décide de tuer sa femme -, mais on voit bien que Yann Venner s’amuse avec le langage. On le remarque déjà avec le titre, me direz-vous.

Ah, il y a aussi d’autres indices qui font que l’on reconnaît « la patte » de l’écrivain : le côté breton tout d’abord et le côté polar ensuite.

Bref, j’ai pris autant de plaisir à lire ces nouvelles qu’à lire du Queneau ou du Tardieu. Et croyez-moi, lorsque je cite ces deux références, c’est que la lecture me fut vraiment agréable !

 

 

 

Le collectionneur de sons – Anton Holban

Rien n’est plus difficile que d’écrire une critique sur un recueil de nouvelles, à moins d’en faire le résumé de chacune. Mais c’est quelque chose qui ne me plaît pas vraiment. A quoi bon essayer de condenser quelque chose qui, déjà, est court ? Non, je préfère de loin m’intéresser au style de l’auteur.

Inutile de se mentir, je ne connaissais pas Anton Holban et je pense que je n’en aurais jamais découvert l’existence si sa traductrice, Gabrielle Danoux, n’avait pas eu la gentillesse de le porter à ma connaissance. Et, en toute honnêteté, je serais passée à côté d’un écrivain de talent. Si, comme moi, vous aimez les auteurs du XIXe siècle, alors vous serez conquis par celui-ci. Non pas qu’il appartienne à ce siècle (il est né en 1902 et mort en 1937) mais je rapproche sa plume d’un Flaubert, d’un Stendhal ou d’un Balzac. La quatrième de couverture le compare à Proust. Ce n’est pas faux, effectivement. Même richesse d’écriture, mêmes procédés d’analyse psychologique des personnages, même poésie… D’ailleurs, la première nouvelle s’appelle À l’ombre des jeunes filles en fleurs, cela ne s’invente pas !

Un grand bravo pour la traduction car je me dis que cela n’a pas dû être facile de rendre d’une manière aussi éloquente les figures de style employées.

Extrait : 

Le cerisier s’est élancé, s’est enroulé pour s’ouvrir ensuite, frêle et gracieux comme une ballerine. Ses fleurs roses ont dansé et un bras s’est allongé jusqu’aux cimes, deux pétales tremblotant comme les ailes d’un oiseau. (P17 / À l’ombre des jeunes filles en fleurs).