L’Île de la liberté – Jean-François Zimmermann

Quatrième de couverture :

Le Fortune est un navire de la Compagnie maritime hollandaise commandé par un pirate français humaniste, Olivier de L’Aubertière. Il rêve de fonder une république libre et égalitaire. Pour parvenir à ses fins, il lui faut des hommes, qu’il recrutera par un discours convaincant, et de l’argent, qu’il obtiendra en rançonnant des navires marchands.
Dans le même temps, Paul, sous couvert de sa soutane, intègre une expédition dans le but inavoué de s’approprier les richesses des mines d’or du sud de l’Afrique. Les deux frères tracent chacun leur route sans se douter que cela va les amener à se rejoindre en plein océan Indien…

Mon avis :

Je ne vous présente plus cet auteur dont je suis fan. Ce livre est en fait une réécriture de deux précédents ouvrages : La Rivière d’or et Libertas. Pourquoi une réécriture ? D’abord parce qu’un auteur n’est jamais satisfait de lui-même, ensuite parce qu’il est difficile de se séparer de ses personnages et enfin, parce que certains éditeurs le demandent.

Faire de deux romans une seule histoire, voilà un travail qui me laisse admirative car je ne sais pas très honnêtement si je pourrais le faire. Lorsque j’ai lu L’Île de la Liberté, je ne savais pas encore qu’il s’agissait de cela. Je pensais qu’il s’agissait d’un nouvel opus reprenant des personnages que j’aime tout particulièrement. Certains passages me parlaient mais sans pour autant avoir l’impression d’avoir déjà lu l’oeuvre. C’est vraiment réussi !

Bravo, très cher Jean-François, pour cet admirable travail. Si vous avez déjà lu les romans cités plus haut, n’hésitez pas, vous pouvez lire celui-ci sans problème.

Le Premier convoi (1848) – Michèle Perret

Quatrième de couverture :

Le 22 février 1848, Paris se soulève contre le roi Louis Philippe. La Deuxième République est proclamée ; Alphonse de Lamartine impose le drapeau tricolore. Des Ateliers Nationaux destinés à procurer du travail aux chômeurs parisiens sont créés puis fermés rapidement par l’assemblée conservatrice. Fin juin une nouvelle insurrection est réprimée dans le sang. Pour se débarrasser des fauteurs de troubles on leur propose de créer des colonies agricoles en Algérie. Un décret du 20 septembre 1848 stipule que les colons doivent partir le plus vite possible.

Mon avis :

« – Voici la terre, voici l’Algérie !

On se pressa à l’avant de l’Albatros, on ouvrait grand les yeux sur cette côte assez aride, on cherchait un peu de végétation, les palmeraies et les orangeraies promises (…) » (P 149)

Que faire lorsque c’est l’insurrection à Paris et que l’on vous promet le paradis ailleurs ? On ne réfléchit pas vraiment et on y va, même si l’on sait déjà que le voyage sera dur et que l’Eden convoité n’existe pas réellement.

Michèle Perret retrace ici, sous la forme d’un roman historique, le contexte du départ, le voyage en bateau, l’arrivée sur la « Terre promise » et la suite. Certes, il s’agit d’un roman mais les personnages sont tellement réalistes qu’on s’y croirait. Certains sont le symbole de cette misère qui s’est expatriée. D’autres doivent vite débarrasser le plancher s’ils ne veulent pas être fusillés…

Ce livre se lit avec aisance tant l’écriture est fluide. Je ne connais pas beaucoup l’histoire de l’Algérie, si ce n’est la guerre, est cela m’a permis d’apprendre avec facilité un épisode important qui déterminera le cours de l’Histoire. J’ai retrouvé dans ce livre le réalisme d’un Zola, auteur que j’adore, mais d’un Zola qui se serait débarrassé de certaines longues descriptions pour céder à un peu plus de fluidité additionnée d’un soupçon de truculence.

Et si on s’est laissé embarquer pendant les 250 pages, la postface nous remet face à la réalité. D’autant plus que vont s’ensuivre ensuite les noms de tous ceux qui ont fait partie de ce convoi. Quel bel hommage à ces derniers !

Un grand merci Michèle Perret !

Le Roi des Halles – Jean-François Zimmermann 📚

Quatrième de couverture :

1669. Forteresse de Pignerol. Un prisonnier rédige ses mémoires à destination de son neveu qui n’a jamais cru à sa mort dans un combat de Turcs. Contraint de porter un masque, personne ne connaît son identité, à part son geôlier. Il s’agit en réalité de François de V Vendôme, petit-fils d’Henri IV, duc de Beaufort, surnommé par les Parisiens « le roi des Halles » depuis ses exploits durant La Fronde.

S’il est emprisonné dans de telles conditions, c’est qu’il est détenteur d’un terrible secret, qui, s’il était dévoilé, changerait le cours de l’Histoire. Ainsi, transféré de prisons en forteresses, l’homme au Masque de fer ne retrouvera jamais la liberté après trente-quatre années de captivité.


Jean-François ZIMMERMANN, déjà auteur de Rendez-vous au pré-aux-clercs, n’a pas son pareil pour restituer l’Histoire dans ses dimensions les plus romanesques. Il livre ici une thèse parmi d’autres quant à l’identité réelle de l’homme au Masque de fer, savamment charpentée, habillement mise en scène et basée sur des faits réels. Nul besoin de connaître l’Histoire de France dans ses moindres détails pour apprécier la prose et le talent narratif de l’auteur.

Mon avis :

Pardon, très cher Jean-François, pour le temps que j’ai pu mettre à lire votre livre et, surtout, à en faire la critique. Je tenais cependant à le lire à tête reposée car c’est toujours un véritable enchantement pour moi de me transposer, grâce à vous, dans ce XVIIe siècle que vous aimez tant et que vous nous présentez de telle façon qu’on aurait aimé le connaître avant.

Comme beaucoup, je me suis posée des questions sur l’identité du fameux Masque de fer. Alors lorsque j’ai vu que ce nouveau roman était sur ce thème, j’étais en joie. Cependant, ne nous y trompons pas, il s’agit bien d’un roman, donc Jean-François Zimmermann a choisi dans l’Histoire le personnage qui, je pense, pourrait être le plus probable pour lui. Car notre romancier a effectué un lourd travail de recherches avant de laisser sa plume courir sur le papier. Ce Roi des Halles n’est autre que François de Vendôme, petit-fils d’Henri IV et cousin de Louis XIV. Il est ici en prison à Pignerol, de même que Nicolas Fouquet et Antonin Nompar de Caumont, duc de Lauzun. François de Vendôme intrigue car on ne connait pas son identité, et pour cause… celui-ci porte un masque. Fouquet n’aura de cesse d’en savoir un peu plus sur le mystérieux prisonnier de la tour d’en-bas.

– Monsieur Fouquet, nous sommes forts mécontents, et si j’insiste sur le « nous », vous devinez quelle personne j’associe à notre ressentiment, nous sommes fort mécontents, donc, que vous ne puissiez tenir bride à votre imagination, toujours aussi fertile, et surtout à votre langue. Les propos que vous tenez concernant le prisonnier de la tour d’en-bas sont dénués de tout fondement. Vous confiez à vos valets le fruit de vos élucubrations et ceux-ci s’empressent de les divulguer aux domestiques et aux soldats de la garnison qui, eux-mêmes, en font état dans la ville de Pignerol. (P59)

Comme d’habitude, je me suis régalée à la lecture de ce roman dont le poids (454 pages tout de même) est égal à la richesse de l’écriture. Se retrouver dans les pensées de ce fameux prisonnier que Jean-François Zimmermann fait vivre ici, est à la fois curieux et vivifiant. Lui faire rédiger ses mémoires – alors qu’on ne sait pas (le saura-t-on un jour ?) s’il s’agit vraiment de lui – tient du tour de force. Mais les connaissances de l’auteur, associées à son imagination sont toujours là pour faire de ses romans de véritables chefs-d’œuvre.

Entrez dans la danse – Jean Teulé

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Vous connaissez certainement l’expression « avoir la danse de Saint-Guy », mais savez-vous d’où elle vient ? Au XVIe s, à Strasbourg, la foule est prise d’un étrange mal. Les gens se jettent dans la rue pour danser… ou plutôt pour bouger car la danse est assez étrange. Ils ne sont plus maîtres de leurs membres. Cela devient gênant pour les autorités locales, d’autant plus qu’il y a 2000 personnes dans la rue !

Comme à son habitude – et c’est ce que j’aime chez lui -, Jean Teulé prend un événement historique plus ou moins connu pour nous le narrer à sa façon. Il ressort des pans historiques passés aux oubliettes ce qui permet, par la suite, de faire ses propres recherches. Son style est toujours aussi truculent. J’ai passé un bon moment.

La Prophétie Charlemagne – Steve Berry

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J’ai honte… J’ai lu ce livre depuis… hum… des mois puisqu’il m’a été offert pour mon anniversaire (oui, oui, en novembre) et je pensais en avoir fait une fiche. Je m’aperçois que ce n’est pas le cas et, par ricochet, que la personne qui me l’a offert doit se demander ce que je fabrique !

J’ai un avis assez mitigé. Commençons par le négatif afin de finir sur une note enjouée : le fait d’avoir à suivre plusieurs histoires un peu complexes m’a légèrement contrariée. J’en arrivais à revenir sur mes pas pages pour savoir où j’en étais. Disons que c’est la partie la moins fluide. D’autre part, je pense que ce roman aurait mérité d’être plus court. En effet, il s’essouffle (et nous avec) sur la fin et j’avoue m’être demandée où voulait en venir l’auteur. Voilà pour ce qui m’a le plus ennuyée.

Passons aux choses positives : l’Histoire, vous le savez, est une de mes passions et l’associer à un thriller est souvent pour moi gage d’une lecture-plaisir. D’autant plus ici que l’on fait le grand saut entre le Moyen Âge et le XXe siècle (avec la 2de guerre mondiale)… deux périodes qui intriguent et avec lesquelles on peut, en tant qu’écrivain, s’en donner à cœur joie avec les mystères qui les caractérisent. Il n’y a rien de farfelu (le piège, en général) et l’intrigue se tient.

Steve Berry a écrit bon nombre de romans et je pense en lire un ou deux autres afin de voir si ce que je lui reproche se retrouve dans ses écrits.

 

Extrait :

Cela faisait vingt-six ans qu’il servait son pays à bord de sous-marins, diesels ou nucléaires. Seul un aspirant sur cinq était accepté à l’académie des sous-mariniers, où les épreuves physiques, les entretiens psychologiques et les tests de réflexe poussaient chaque recrue dans ses retranchements. Son premier capitaine avait épinglé sur sa poitrine ses dauphins d’argent, et, depuis, il avait lui-même rendu cet honneur à de nombreux autres. Alors il savait à quoi s’en tenir. Fin de la partie. Curieusement, il ne pensait qu’à une chose lorsqu’il rejoignit le central, résolu à agir comme s’il leur restait une chance, à défaut d’y croire. Il pensait à son fils. Son fils de dix ans. Qui grandirait sans son père.