Voyage autour de ma chambre – Xavier de Maistre

Ce très court roman (88 pages) date du XVIIIe siècle, de 1794 pour être plus précise. C’est en lisant Le Voyage à mon bureau, aller et retour de Joseph Poisle-Desgranges que j’ai découvert celui-ci. 

A travers 42 chapitres, représentant le même nombre de jours de détention du jeune officier qui nous narre l’histoire, Xavier de Maistre détourne – non sans humour – le récit de voyage. A la manière d’un Montaigne, le narrateur prend à parti le lecteur, lui parle, lui propose d’entrée de jeu de l’amener dans son « aventure ». Il fallait quand même avoir une sacrée imagination pour avoir l’idée de ce livre et surtout pour le mener à terme. C’est drôle, c’est ironique, c’est parodique même. Lorsque l’on nous parle d’une latitude pour situer la chambre ou d’une direction pour indiquer le lit, on ne peut que sourire. Imaginez-vous prendre une boussole pour marcher entre votre armoire et votre couche… 

Il s’agit ici d’un voyage physique, certes, mais également d’un voyage intérieur où l’âme entre en parallèle avec le corps. En même temps, ce dernier se trouvant vite entre quatre murs, quoi de mieux dès lors que de laisser vagabonder son imagination ? 

Encore une fois, je découvre un texte au style résolument moderne, pas ennuyeux pour deux sous et qui laisse derrière lui un large sourire. Quel dommage que cet auteur soit laissé à l’abandon ! 

Challenge Les textes courts. 

Genre : Roman

Auteur : Xavier de Maistre

Pays : France

Nombre de pages : 88

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Voyage à mon bureau, aller et retour – Joseph Poisle-Desgranges

Joseph Poisle-Desgranges (1823-1879) est un poète et romancier français tombé dans l’oubli. Féru de mots, de jeux linguistiques, il commença par écrire un recueil intitulé Cent et une fables où il put exercer son art poétique.

Le roman Voyage à mon bureau, aller et retour (dont le titre n’est pas sans rappeler celui de Xavier de Maistre, Voyage autour de ma chambre) a été publié en 1861. Avec humour, l’auteur dénonce la bureaucratie dans toute sa splendeur. Il faut dire qu’il s’y connaît puisqu’il travaille à l’administration des Postes. Peut-être Courteline s’en inspira-t-il d’ailleurs lorsqu’il publia, en 1893, son fameux Messieurs les ronds-de-cuir?

Les chapitres, au nombre de 38, sont courts et savoureux. L’auteur ne s’embarrasse pas de longues descriptions. Il préfère se poser tout un tas de questions, rhétoriques pour la plupart, rendant ainsi le texte à la fois cocasse et savoureux.

Le chat Murr – Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

On connaît Hoffmann grâce, notamment, à ses contes et à ses opéras. Ce roman, Le Chat Murr, est une de ses oeuvres principales. C’est le félin lui-même qui est le narrateur de ce qui se veut être un roman autobiographique. Jusque-là, rien de nouveau sous le soleil. Mais une seconde histoire vient s’imbriquer : celle du maître de chapelle, Johannès Kreisler, sorte de musicien fou que l’on pourra retrouver par ailleurs dans d’autres textes de l’écrivain.

Murr, véritable prénom du chat d’Hoffmann pour l’anecdote, a appris à lire et à écrire chez son maître, Abraham. Dès qu’il le peut, il s’enthousiasme donc sur son quotidien dans de grandes envolées lyriques. Pour Kreisler, ce n’est pas si simple. Johannès est un ami d’Abraham. Il lui fait donc part de tout ce qui l’accable, et notamment son amour pour Julia, jeune fille pure, jeune, trop jeune. Les récits du maître de chapelle sont décousus, difficiles à suivre, tout comme les affres qu’il subit. 

Mais que vient faire cette histoire, en parallèle à ce que raconte le chat ? On apprend dans l’avant-propos que le chat a écrit sur des feuillets arrachés à un livre appartenant à son maître : « lorsque le chat Murr se mit à écrire ses considérations sur la vie, il arracha sans plus de façons les pages d’un livre imprimé qu’il avait trouvé chez son maître ; et il en employa innocemment les feuillets, tant comme sous-mains que comme buvards. Ces pages restèrent dans le manuscrit et… on les imprima à la suite, comme si elles eussent appartenu à l’ouvrage. C’est avec un sentiment de mélancolique humilité que l’éditeur se voit forcé d’avouer que cet affreux entremêlement de deux sujets étrangers est dû à sa seule légèreté : il devait évidemment, avant de donner le manuscrit du chat à l’impression, l’examiner d’un bout à l’autre. » L’ironie apparaît donc déjà, ironie qui ne quittera pas la plume patte de ce matou rêvant de reconnaissance et de gloire ! 

Ce roman, bien que demandant de la concentration, est très intéressant. Surtout lorsque l’on sait qu’à travers le chat et Kreisler, on retrouve les deux facettes d’Hoffmann qui ne se gêne pas pour critiquer la société, la politique etc.

Histoire d’un sous-maître – Erckmann-Chatrian

Je connaissais les auteurs de nom (oui, ils sont deux : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian, et je ne l’ai découvert que très récemment à ma grande honte) mais je n’avais jamais franchi le pas. Voilà qui est fait. 

Bien entendu, le thème ne pouvait que m’être agréable puisqu’il traite de l’enseignement au XIXe siècle. Et même s’il ne s’agit pas d’un document mais bel et bien d’un roman, il n’empêche que toute la vision de la société est mise en relief dans ce livre. Alors, la première question est : qu’est-ce qu’un sous-maître ? Il s’agissait d’une jeune personne surveillant les élèves ou, à l’occasion, remplaçant l’enseignant en fonction. Mais attention, il ne s’agissait pas d’un pur et simple surveillant. Le sous-maître était inspecté et devait obtenir sa validation. Inutile de préciser qu’il devait donc être un brin savant. Ainsi, Jean-Baptiste Renaud accède à cette charge au début du XIXe siècle. Son brevet de deuxième classe en poche, il aspire à une carrière. Il veut devenir instituteur lui aussi. Cependant, des événements importants vont faire prendre une autre tournure à son avenir. Il apprend à ses dépens l’hypocrisie des hommes.

Le roman se lit très vite, la lecture en est agréable. On apprend énormément de choses sur cette société : les enseignants étaient liés à l’Eglise et se retrouvaient souvent pieds et poings liés. Ils étaient payés par les familles et devaient donc avoir une classe conséquente s’il voulait avoir de quoi vivre. Cependant, il était hors de question de prendre « n’impoorte qui » : il fallait pouvoir enseigner le catéchisme et convertir ceux qui n’étaient pas catholiques.

Je vais désormais lire les autres oeuvres de ces deux auteurs car leurs romans, qualifiés de populaires, permettent de s’enrichir tout en ayant le plaisir de la lecture.

Iolani ou les maléfices de Tahiti – Wilkie Collins

Qui pourrait croire, en lisant ce roman, qu’il s’agit d’une œuvre du XIX° siècle ? Premier roman de cet écrivain victorien, je m’attendais à trouver un style riche, empreint de phrases ampoulées – et parfois lourdes – caractéristiques de l’époque. Or, il n’en est rien et le style, admirable, quoique simple, procure une certaine fluidité dans la lecture. De ce fait, Iolani peut se lire aisément en quelques heures.

Ce roman est intéressant pour plusieurs raisons: la première est l’intervention de l’auteur dans le récit. W. Collins se préoccupe de son lecteur et sa présence prouve à quel point il était consciencieux dans son travail. Ainsi, il explique au destinataire de son texte où il va aller, que deviennent ses personnages.

La deuxième raison pour laquelle j’ai apprécié cet ouvrage est qu’il peut se lire à des degrés différents. Ainsi, au premier degré, on se laissera facilement aller dans cet univers exotique, s’imaginant être dans la peau du personnage féminin, Idia, tentant d’échapper au prêtre Iolani et, surtout, à sa condition. Et voilà précisément le second degré qui se profile: bien plus qu’une simple histoire de tribus dans les îles, W. Collins dénonce à travers Idia et Aimata la condition féminine, mettant ainsi l’accent sur les droits bafoués.

Vous l’aurez compris, j’ai vraiment apprécié ce roman qui m’engage à lire d’autres œuvres de cet auteur.