Les Proies – Thomas Cullinan

Thomas Cullinan [XXe-XXIe s / Etats-Unis] Image
Traduction : Morgane Saysana

Je recycle mes fiches ! Celle-ci a été écrite en 2015

Guerre de Sécession, 1864. Un officier nordiste, John McBurney est blessé. Il est trouvé par une jeune fille, Amelia Dabney, qui, partie cueillir des champignons dans la forêt, ne trouve rien de mieux que de le ramener à la pension où elle réside. Pourquoi dis-je « ne trouve rien de mieux » ? Tout simplement parce que cette pension, tenue par deux sœurs, Martha et Harriet, est exclusivement féminine (ce qui parait normal d’ailleurs). Et y amener un jeune homme, c’est un peu comme faire entrer le loup dans la bergerie… Vous saisissez ce que je veux dire ? Alors on va me sortir les poncifs de l’Amérique puritaine et gna gna gna mais n’oublions pas que nous sommes au XIXe siècle quand même ! Et, à l’époque, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, c’est du pareil au même.  

Bien évidemment, le soldat va profiter de sa position de coq dans la basse-cour (on change d’animal !) pour essayer de séduire les poulettes pensionnaires. Jusqu’au moment où ce qui n’était qu’un petit jeu au départ va basculer et lui échapper. Qui manipule qui ? Et cela va aller loin, très loin ! 

J’ai été déstabilisée par ce roman. Non pas par la noirceur ou la violence, j’ai lu pire ! Non pas par le thème qui est somme toute assez connu. Mais par la forme d’une part et par le rythme de l’autre. Concernant la forme, il s’agit d’un roman choral. Jusque là, rien de nouveau sous le soleil. Mais je pense qu’il y a trop de narratrices pour que l’on arrive à suivre correctement. Vient s’ajouter à cela, je le disais, le rythme : en général, qui dit polyphonie dit rythme vivant. Or, ici, il y a des longueurs. Alors bien sûr, c’est certainement pour donner plus d’ampleur à la torture psychologique… Certes ! Mais je déteste la lenteur ! 

Au final, ai-je aimé ce livre ? Je suis incapable de répondre tout de go. Disons que j’ai aimé le fond mais pas la forme…

Monsieur Destrange – A. Manget

Armand Manget [XXe s] Image

Fiche rédigée en 2017. Je recycle !

On a perdu l’habitude de lire ce genre de roman, au ton délicieusement suranné, au style volontairement riche et saupoudré d’un soupçon de philosophie.

Armand Manget, en guise de préface, met un extrait du Règlement des Apothicaires de Châlon-sur-saône daté de 1630 : « Ne sera aucun aspirant reçu à la maîtrise du dit art apothicaire, qui soit noté par justice d’infamie, qui n’ait atteint l’âge de vingt-cinq ans ou environ et ne soit suffisamment versé dans la langue latine, pour apparoir avoir fait son apprentissage chez un maître de la présente ville, ou en autre ville jurée et fameuse de la Province ou du Royaume, qui aura été trois ans consécutifs.

Outre quoi apportera certificat du service qu’il aura rendu pendant autres trois ans, actuellement chez autres maîtres par les bonnes villes, a avoir au moins demeuré six mois en service chez un maître de la présente ville, afin que chacun soit mieux informé de sa prudhomie, vie, mœurs, bonne conversation, et religion apostolique, catholique et romaine. »

D’entrée, le lecteur est plongé dans ce monde du XVIIe siècle, en Champagne. Il suit cet élève, Monsieur Destrange, de son apprentissage jusqu’à l’obtention de son certificat. Mais un certificat pour le moins étrange. En effet, le jeune apprenti a fauté. Oh, non pas sur le plan de la botanique, mais bel et bien sur le plan amoureux. Ces quatorze mois passés au service des frères de Fournac lui auront tout appris de la vie. Lorsque Jacqueline, la servante, lui fait du charme, il n’en fait aucun cas. En revanche, il cèdera aux avances d’une cliente très sensuelle mais mariée, Mme Thévenin. Mais Jacqueline, qui regardait, en bonne curieuse, par le trou de la serrure, a tout vu et raconte à son maître, ami du mari dupé, ce qu’il s’est passé en son absence. Cependant, Mme Thévenin n’est pas dans le cœur de l’apprenti. C’est Madame de Fournac qui lui fait chavirer le cœur depuis qu’il est arrivé au « Mortier d’argent ». Un soir, il tente de lui voler un baiser et lui délivre ce qu’il a sur le cœur. Sur ses conseils, il quitte l’officine, « Le Mortier d’Argent ». Monsieur de Fournac, qui n’est pas au courant de ce qui s’est tramé derrière son dos, lui rédige le fameux certificat.

Je le disais au départ, ce roman est très agréable à lire. On sent que l’auteur s’est documenté de façon sérieuse et qu’il connait son sujet. Il transmet au lecteur toute sa passion et un savoir conséquent. Et si le style est riche et élégant, il n’en reste pas moins que la lecture en est vive. Ce fut un agréable moment, une sorte de bond dans le passé. 

Le Scénar – Philippe Pratx

Quatrième de couverture :

Le Scénar, c’est l’histoire – mais est-ce bien une histoire? – de quelques personnages qui ont découvert le texte anonyme d’un scénario de cinéma. Quand on découvre le manuscrit d’un «scénar», que peut-il se passer ? 
Roman allégorique qui explore la relation que nous avons avec la réalité et la fiction, Le Scénar est aussi une déclaration d’amour au road movie…, nourri d’inspirations fantastiques, politiques, philosophiques…

Mon avis :

Si j’ai remis hier la fiche que j’avais écrite en 2015 sur Le soir, Lilith, ce n’est pas pour rien 😉. En effet, l’auteur semble aimer le monde du cinéma et nous replonge dans cet univers avec son nouveau roman au titre évocateur, Le Scénar.

Quand je lis la première phrase de l’avertissement : « Ce livre n’est pas très sérieux », je me dis qu’il est fait pour moi et que je vais me régaler à sa lecture. Pour faire vite, nous avons trois personnages, Lola, qui fait des études de cinéma, et ses amis, les jumeaux Théo et Léo. Ces derniers découvrent un scénario sur une clé USB au nom mystérieux. Ils veulent en savoir plus…

J’ai apprécié ce roman. D’abord par son histoire, originale, aux multiples références. On se balade dans les films, la musique également… Bref, tout y est pour nous plaire. Ensuite, par son écriture, oscillant entre récit et scénario, collant au plus près, justement, avec le livre. C’est bien joué, très bien joué même, sans vouloir faire un mauvais jeu de mots. Et n’oublions pas, enfin, un petit personnage à quatre pattes, le chaton Emo… Comment ne pas craquer ?

Merci Philippe de m’avoir fait confiance en m’offrant votre nouvel opus.

Le soir, Lilith – Philippe Pratx

pratx - Philippe Pratx [XXe / XXIe s] 100140971

Fiche écrite en 2014. Je recycle !

Quatrième de couverture :

Alors qu’il met en ordre les éléments épars d’une possible future biographie d’une star du cinéma muet qu’il a fréquentée dans sa jeunesse, un écrivain reçoit la visite d’une étrange journaliste qui le presse de lui en dévoiler davantage sur la fameuse Eve Whitefield, plus connue sous le nom de Lilith… Dès lors, filmographie, notes manuscrites, souvenirs brumeux se mêlent pour tisser un canevas qui ne parvient pourtant pas à dresser un portrait fidèle d’un personnage hors du commun, jusqu’à ce que la journaliste dévoile à l’auteur une facette inconnue de l’actrice…

Mon avis : 

Je vais être honnête, lorsque l’auteur m’a contactée pour me demander si j’acceptais de lire son livre et d’en faire la critique, je n’ai pas sauté de joie. Il est tombé dans une période où je n’étais pas vraiment disponible. De plus, le titre et la couverture du roman ne m’emballaient pas plus que ça. Vous voyez un peu l’atmosphère… Pourtant, la quatrième de couverture me plaisait bien, elle.Très gentiment, Philippe Pratx a accepté d’attendre. Pourquoi tout ce laïus ? Pour que vous compreniez dans quel état j’étais lors de ma lecture. Oui, il fallait vraiment que ce livre associe tous les talents pour que je le lise jusqu’au bout. Et c’est bien le cas. L’écriture est magnifique. L’histoire ne l’est pas moins. La structure du récit, polymorphe, est bien trouvée. Pourtant (oui, je sais, j’ai décidé de râler), en général, je n’aime pas vraiment ça. À la fois roman noir et scénario, ce texte nous emmène dans le monde cinématographique des années folles. Un retour en arrière permettant des références culturelles. Et puis, n’oublions pas ce titre : Lilith, référence à la première femme d’Adam, un démon, une femme fatale, révoltée. Et Ève, bien sûr, l’officielle… Il fallait le trouver et l’on comprend le titre une fois l’oeuvre lue. Au final, tout s’agence : titre, couverture… On voit là tout le travail d’orfèvre de l’auteur. Je salue sa performance !

Les clarificateurs – Eric Bourdon

Eric Bourdon [XXe / XXIe s] Eric-Bourdon-roman-thriller-Les-Clarificateurs

Je transfère mes anciennes fiches !

Présentation : 

Déjà six ans ! Six ans que Mike Jannings travaille sans relâche pour la puissante organisation américaine des Clarificateurs, qui diffuse des méthodes de développement personnel révolutionnaires aux quatre coins de la planète.
La disparition tragique de son père, possédé par une haine troublante des clarificateurs, lui a permis d’évoluer à toute vitesse dans la hiérarchie secrète de l’Organisation.
Mais alors que Mike va enfin pouvoir s’approcher de son mystérieux Fondateur, les traits de la personnalité qu’il commence peu à peu à distinguer lui semblent étrangement familiers…

Mon avis :

Les Clarificateurs… Mais qu’est-ce que c’est que cette bête-là ? Alors, je vais reprendre le sens qu’en donne Astrid, clarificatrice, à Mike : « le principe d’une clarification est de retraverser à deux les incidents que tu as traversés tout seul en leur temps, et la définition d’un incident est un moment de ton passé où tu as été mis en danger par une force qui t’était, à ce moment-là, exagérément supérieure et qui t’a submergé… Tant que tu restes seul, l’incident continue à te dominer, même des années ou des décennies après qu’il se soit produit. Tu ne peux l’analyser et en reprendre le contrôle qu’au moment où tu le retraverses en compagnie d’un clarificateur. »

Le lecteur va pouvoir suivre Mike à travers son parcours. Un incident a marqué son enfance : le père tambourine à sa porte en pleine nuit, voulant rentrer, le forcer à le faire se lever. Mais pourquoi ? Au fur et à mesure de cette thérapie pour le moins bizarre, Mike parvient à reconstituer le puzzle. On non alors, ne comptez pas sur moi pour vous donner des indices ! Il faudra le lire ! Mais ce que je peux vous dire, c’est que ce roman est prenant. On a envie de secouer Mike, de lui dire « mais allez, tu vas accoucher oui ? Pourquoi, oui POURQUOI ton père veut-il absolument que tu te lèves ? Qu’est-ce que cela cache ? » Bien évidemment, notre imagination fertile s’emballe. On imagine les pires scénarios. Pourtant… on ne sera pas au bout de nos surprises. Et lorsque que le psychanalyste du père de Mike est retrouvé mort à son domicile, on halète, on VEUT SAVOIR !!!

Le romancier joue très finement sur la psychologie. Celle de son personnage mais aussi celle de son lecteur qui dévore les pages pour connaître enfin cette vérité. Sur fond de société secrète, bien hiérarchisée, presque intemporelle, on frôle la folie. On se demande même comment Mike, à force d’être « clarifié », ne devient pas cinglé. Ce thriller donne à réfléchir sur tous ces groupuscules sectaires que rien n’arrête. Et c’est avec une écriture très agréable qu’Eric Bourdon parvient à nous amener dans ce monde.

Vous aurez compris que j’ai vraiment apprécié ce roman. Il me reste à ajouter que le roman contient également quelques textes intéressants de deux autres auteurs, Muriel Parsy et Antoine Defoort. Du deux en un que je considère comme un petit cadeau.


Depuis l’écriture de cette critique, Eric Bourdon a fait son chemin. Je vous propose de le retrouver sur son site.