Le soir, Lilith – Philippe Pratx

pratx - Philippe Pratx [XXe / XXIe s] 100140971

Fiche écrite en 2014. Je recycle !

Quatrième de couverture :

Alors qu’il met en ordre les éléments épars d’une possible future biographie d’une star du cinéma muet qu’il a fréquentée dans sa jeunesse, un écrivain reçoit la visite d’une étrange journaliste qui le presse de lui en dévoiler davantage sur la fameuse Eve Whitefield, plus connue sous le nom de Lilith… Dès lors, filmographie, notes manuscrites, souvenirs brumeux se mêlent pour tisser un canevas qui ne parvient pourtant pas à dresser un portrait fidèle d’un personnage hors du commun, jusqu’à ce que la journaliste dévoile à l’auteur une facette inconnue de l’actrice…

Mon avis : 

Je vais être honnête, lorsque l’auteur m’a contactée pour me demander si j’acceptais de lire son livre et d’en faire la critique, je n’ai pas sauté de joie. Il est tombé dans une période où je n’étais pas vraiment disponible. De plus, le titre et la couverture du roman ne m’emballaient pas plus que ça. Vous voyez un peu l’atmosphère… Pourtant, la quatrième de couverture me plaisait bien, elle.Très gentiment, Philippe Pratx a accepté d’attendre. Pourquoi tout ce laïus ? Pour que vous compreniez dans quel état j’étais lors de ma lecture. Oui, il fallait vraiment que ce livre associe tous les talents pour que je le lise jusqu’au bout. Et c’est bien le cas. L’écriture est magnifique. L’histoire ne l’est pas moins. La structure du récit, polymorphe, est bien trouvée. Pourtant (oui, je sais, j’ai décidé de râler), en général, je n’aime pas vraiment ça. À la fois roman noir et scénario, ce texte nous emmène dans le monde cinématographique des années folles. Un retour en arrière permettant des références culturelles. Et puis, n’oublions pas ce titre : Lilith, référence à la première femme d’Adam, un démon, une femme fatale, révoltée. Et Ève, bien sûr, l’officielle… Il fallait le trouver et l’on comprend le titre une fois l’oeuvre lue. Au final, tout s’agence : titre, couverture… On voit là tout le travail d’orfèvre de l’auteur. Je salue sa performance !

Les clarificateurs – Eric Bourdon

Eric Bourdon [XXe / XXIe s] Eric-Bourdon-roman-thriller-Les-Clarificateurs

Je transfère mes anciennes fiches !

Présentation : 

Déjà six ans ! Six ans que Mike Jannings travaille sans relâche pour la puissante organisation américaine des Clarificateurs, qui diffuse des méthodes de développement personnel révolutionnaires aux quatre coins de la planète.
La disparition tragique de son père, possédé par une haine troublante des clarificateurs, lui a permis d’évoluer à toute vitesse dans la hiérarchie secrète de l’Organisation.
Mais alors que Mike va enfin pouvoir s’approcher de son mystérieux Fondateur, les traits de la personnalité qu’il commence peu à peu à distinguer lui semblent étrangement familiers…

Mon avis :

Les Clarificateurs… Mais qu’est-ce que c’est que cette bête-là ? Alors, je vais reprendre le sens qu’en donne Astrid, clarificatrice, à Mike : « le principe d’une clarification est de retraverser à deux les incidents que tu as traversés tout seul en leur temps, et la définition d’un incident est un moment de ton passé où tu as été mis en danger par une force qui t’était, à ce moment-là, exagérément supérieure et qui t’a submergé… Tant que tu restes seul, l’incident continue à te dominer, même des années ou des décennies après qu’il se soit produit. Tu ne peux l’analyser et en reprendre le contrôle qu’au moment où tu le retraverses en compagnie d’un clarificateur. »

Le lecteur va pouvoir suivre Mike à travers son parcours. Un incident a marqué son enfance : le père tambourine à sa porte en pleine nuit, voulant rentrer, le forcer à le faire se lever. Mais pourquoi ? Au fur et à mesure de cette thérapie pour le moins bizarre, Mike parvient à reconstituer le puzzle. On non alors, ne comptez pas sur moi pour vous donner des indices ! Il faudra le lire ! Mais ce que je peux vous dire, c’est que ce roman est prenant. On a envie de secouer Mike, de lui dire « mais allez, tu vas accoucher oui ? Pourquoi, oui POURQUOI ton père veut-il absolument que tu te lèves ? Qu’est-ce que cela cache ? » Bien évidemment, notre imagination fertile s’emballe. On imagine les pires scénarios. Pourtant… on ne sera pas au bout de nos surprises. Et lorsque que le psychanalyste du père de Mike est retrouvé mort à son domicile, on halète, on VEUT SAVOIR !!!

Le romancier joue très finement sur la psychologie. Celle de son personnage mais aussi celle de son lecteur qui dévore les pages pour connaître enfin cette vérité. Sur fond de société secrète, bien hiérarchisée, presque intemporelle, on frôle la folie. On se demande même comment Mike, à force d’être « clarifié », ne devient pas cinglé. Ce thriller donne à réfléchir sur tous ces groupuscules sectaires que rien n’arrête. Et c’est avec une écriture très agréable qu’Eric Bourdon parvient à nous amener dans ce monde.

Vous aurez compris que j’ai vraiment apprécié ce roman. Il me reste à ajouter que le roman contient également quelques textes intéressants de deux autres auteurs, Muriel Parsy et Antoine Defoort. Du deux en un que je considère comme un petit cadeau.


Depuis l’écriture de cette critique, Eric Bourdon a fait son chemin. Je vous propose de le retrouver sur son site.

L’été du secret – Michèle Gazier

Michèle Gazier [XXe-XXIe s] Mich%C3%A8le-gazier

Je transfère mes anciennes fiches !


Quatrième de couverture : 

Le pire n’est jamais sûr, répète Lisa. Pourtant, le séjour linguistique en Espagne imposé par son père tombe mal. Quand on est en Terminale et qu’on a des copains qui partent à la mer, on a mieux à faire que de réviser ses conjugaisons. Même lorsqu’on est fille et petite-fille d’immigrés espagnols. Difficile d’imaginer ce qui va se jouer dans cette vallée brûlée, berceau de la famille de Lisa, où tant de vieux secrets vont se mettre à transpirer. La jeune fille comprendra enfin pourquoi sa grand-mère n’a jamais voulu parler de sa vie passée, de son mari, mort pendant la construction d’un barrage dont il était le maître d’œuvre. Le pire n’est jamais sûr, c’est vrai. Mais pourquoi la vérité est-elle si difficile à dire ? 

Mon avis : 

Lorsque Lisa, lycéenne en terminale littéraire, ramène de médiocres résultats en langue vivante, et notamment en espagnol, son père explose. Lui qui est né de l’autre côté des Pyrénées ne saurait accepter que la chair de sa chair ne sache pas parler cette langue qui lui est si chère. Lisa est donc envoyée chez Juan et Teresa Bohigas, les cousins paternels, près de Lérida (ou Lleida), en Catalogne, afin de faire une immersion totale et de progresser. Une seule règle : ne jamais parler français. Si Lisa n’est que peu charmée de cette nouvelle, elle est loin de s’attendre au tournant que vont prendre ses vacances linguistiques. 

En effet, un secret pèse dans cette maison autant que dans cette famille : la mort de Federico Loma, le grand-père de Lisa. Personne ne veut en parler, les photos sont soigneusement cachées… Et lorsque la jeune fille se promène dans le petit village de Trisco, les habitants font de suite référence à son grand-père sans en dire plus. L’atmosphère devient pénible et Lisa tente d’en savoir plus, notamment avec le neveu de Juan, Julio. Mais la tâche s’avère ardue et Lisa est d’imaginer ce qui l’attendait…

Voici un roman très intéressant qui se lit très vite, d’autant plus vite que le suspense devient vite un moteur et que l’on a envie de savoir ce qu’il est réellement arrivé à Federico Loma. Le style est très fluide, très agréable. Il ne s’embarrasse pas de fioritures, ce qui est totalement en accord avec l’histoire racontée. Michèle Gazier joue beaucoup sur les non-dits, sur la psychologie des personnages, donnant ainsi une certaine dimension à ce texte. 

Je ne connaissais pas du tout cette romancière mais il va sans dire que je lirai ses autres romans.

La Chatte – Colette

Colette [XIXe-XXe s] Image

Fiche rédigée le 15 mars 2013

Quatrième de couverture :

Lorsque débute leur vie commune, Alain et Camille sont deux amis d’enfance que tout en apparence rapproche. Mais leurs secrètes rêveries les divisent.  » Mon mariage, reconnaît Alain, contente tout le monde et Camille, et il y a des moments où il me contente aussi, mais…  » Ce qu’Alain aime en Camille, c’est une beauté idéalisée, faite d’immobilité et de silence. Aussi est-il déconcerté par son exubérance. Comme l’arrivée d’une saison nouvelle, la découverte de leur intime division le met à la merci d’autres rêves. Et c’est alors que le drame se noue. La chatte Saha sera désormais pour Alain la chimère sublime qui domine sa vie et pour Camille la rivale détestée contre laquelle aucun procédé n’est trop brutal. Avec une maîtrise et une sobriété sans égales, Colette a composé, en suivant les règles de l’art classique, une véritable tragédie d’amour à trois personnages.


Mon avis :

On le sait, Colette était une fervente admiratrice des félins, au point d’écrire en leur compagnie, et, surtout, de les transposer dans ses romans. Ce court texte est d’abord paru, d’avril à juin 1933, sous la forme d’un feuilleton dans le journal Marianne. Le livre sortit en septembre de la même année. Les critiques furent divisées. Il faut dire qu’au premier abord, l’histoire semble un peu ridicule : Camille, jeune épouse est jalouse de Saha, la chatte de son mari Alain, car celui-ci y prête un peu trop d’attention à son goût. Elle en arrive à vouloir la tuer… Alain supportera-t-il cet affront ?

Bien évidemment, il ne faut pas en rester là. Ce texte est bien plus profond que ça. Le mariage de ces deux personnes a été arrangé. Alain n’est pas heureux dans son couple, lui qui se refuse à grandir. Sa jeune épouse lui fait peur. Elle est trop moderne, trop sexy pour quelqu’un de si peu sûr de lui. Son compagnon à quatre pattes représente un monde dans lequel il voudrait se réfugier, celui de son enfance. Et c’est justement ce que ne comprend pas Camille qui traite le félin comme une rivale sans se rendre compte qu’elle ne représente aux yeux de son époux qu’un passé révolu, « une chimère » selon la mère d’Alain.

Ce texte est d’autant plus intense qu’il se déroule pratiquement à huis-clos. Toute l’intensité dramatique est là. Si les personnages sont réduits à l’essentiel, les actions sont rapides : on observe, on agit. Et n’est-ce pas mimétique de l’écriture de Colette ?

La Rapsodie des cloportes – Guy SEMBIC

Quatrième de couverture :

Ils s’éveillent seuls au milieu de la nuit dans de grands lits défaits, un traversin tordu entre leurs jambes repliées… Celui ou celle qui dort auprès d’eux a disparu, les volets battent, la tapisserie cloque telle une peau ébouillantée, la lampe sous le plafond se balance et, du grand lit défait, montent des ondes de suées… Ils s’endorment sur des échelles dont les barreaux n’ont plus aucune consistance, et le plafond au dessus d’eux, goutte comme du chocolat blanc fondu… Ils peignent à l’aube sur des draps tendus entre deux lampadaires, d’étranges visages et de grandes lettres déformées… Mais les couleurs se diluent à la lumière du jour se levant, les étranges visages et les grandes lettres se déforment et se meuvent tout au long des draps tendus qui se déchirent… Ils funambulent sur des cordes usées, à seulement quelques pieds au dessus du marais…

Mon avis :

Si l’on aime les romans un peu atypiques dans lesquels les mots dansent et virevoltent pour donner du sens à l’histoire, dans lesquels on passe de la prose poétique à un vocabulaire moins châtié mais dénonciateur, alors ce roman est parfait. J’ai vraiment apprécié ce livre qui ne ressemble à aucun autre. Guy SEMBIC est dans la même veine que tous ces auteurs de l’OULIPO, qui ont travaillé sur les mots. Je pense à Tardieu, à Queneau… à tous ces auteurs ayant utilisé la littérature pour en moderniser la langue.

L’auteur n’en est pas à son premier livre. Je vous avais déjà présenté son « Grand hôtel du merdier ». Vous pourrez remarquer à quel point les titres sont déjà truculents. Dans ce roman, le terme « rapsodie » est à double sens : « rapsodie » au sens de poème épique, chanté, et donc d’une certaine musicalité et « rapsodie » au sens d’ensemble disparate. J’ai lu que ce terme avait également été donné comme nom à un réacteur nucléaire. Je dois dire que cela pourrait également convenir, dans un sens métaphorique bien entendu… Ce roman est un séisme dans le monde littéraire !

Si vous souhaitez le lire, vous pouvez le faire gratuitement sur le site Edition999. Et si vous souhaitez connaître un peu mieux ce poète au grand coeur, allez visiter son blog et son forum.