Les Villes – Gérard Klein

Gérard Klein [XXe-XXIe s / France ; Nouvelles de science-fiction] Image

Fiche écrite le 07/05/2017

Les Villes est une nouvelle de Gérard Klein (ne pas confondre avec l’acteur) se trouvant dans ce recueil. Ne lisant que très peu de science-fiction, je ne connaissais pas du tout cet auteur. Comme quoi, les manuels scolaires ont du bon puisque c’est à l’intérieur de l’un d’eux que je l’ai découvert et, surtout, que j’ai été happée par le texte, sorte de petit vortex littéraire.

Dans cette nouvelle, l’auteur met en scène une machine, que dis-je ?, LA machine, personnage principal et grand inquisiteur d’une Ville (oui, oui, avec un grand V), entendez par là qu’elle surveille, connaît tout sur tout, n’hésite pas à s’introduire chez l’habitant si elle a une suspicion. Quiconque est étranger sera automatiquement éliminé par ses soins. Brrr, voilà qui fait froid dans le dos, même si on a là un thème bien connu de la SF. Et si la machine se détraquait ? Si elle ne reconnaissait plus les occupants ?

Et si tout cela devenait vrai un jour ?

Extrait :

La Machine rôdait, inlassable. Le vent inclinait les antennes, le soleil jaunissait les feuilles des arbres, mangeait la peinture des volets, le temps ridait les hommes et endormait la Ville, mais la Machine rôdait, éternelle. Elle parcourait, jour après jour, nuit après nuit, les rues larges et sèches, elle interrogeait les rares passants. Elle saluait les habitants. Elle s’introduisait dans les maisons, silencieuse, indécelable, et fouillait. Elle gardait et protégeait la Ville. Elle désinfectait minutieusement et détruisait avec un air de fatalité tout ce qui n’était pas de la Ville. Elle errait et cherchait entre les carrés d’herbe et les marronniers calmes, dans les cours fraîches et dans les petites forteresses tièdes et closes, les espions venus des autres villes, les étrangers.

Le Grand Livre – Connie Willis

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Quatrième de couverture : 

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen-Âge.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya ; le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…

 

Mon avis : 

Si vous aimez la science-fiction et le Moyen Âge, alors ce livre est fait pour vous ! Mais quelle claque mes aïeux !!! le Moyen Âge, vous le savez, c’est mon dada (comme le dirait Omar Sharif… pour ceux qui se souviennent de cette pub…). La science-fiction, j’en lis de manière épisodique. Je n’aime pas tout non plus. Ici, le thème est bien connu puisqu’il s’agit du fameux retour dans le temps. Et justement, cela aurait pu être du réchauffé et desservir le livre. Mais il n’en est rien. Certes, il y a bien quelques petites longueurs mais à la limite, je trouve qu’elles attisent encore plus la curiosité du lecteur. Les évocations de la période médiévale sont magistrales… et je pèse mes mots.

Le récit est à double voix. On suit d’un côté la panique dans le bureau d’études puisque, inévitablement, un grain de sable s’est immiscé dans les rouages du transfert, et, de l’autre, ce que consigne Kivrin dans son Grand Livre qu’elle définit ainsi : « j’ai décidé d’appeler ceci le Grand Livre par référence au Grand Livre cadastral établi sur l’ordre de Guillaume le Conquérant, un registre destiné à permettre de calculer les impôts dus par ses métayers et qui est pour nous une chronique de la vie médiévale ». (P26)

Ce texte cumule les points positifs : agréable à lire, il tient en haleine le lecteur qui, d’ailleurs, en redemande. Il nous apprend également des choses sur cette société du XIVe siècle, un peu moins traitée, en général, dans les romans.

Bref, que dire de plus si ce n’est de vous le procurer au plus vite et de plonger ainsi dans ce monde méconnu ?

 

Extrait :

La peste dévastait les autres contrées telle une légion d’Anges exterminateurs, ne laissant sur son passage aucun survivant pour administrer l’extrême-onction et enterrer les cadavres. Dans un monastère, elle n’avait épargné qu’un seul moine. Ce rescapé, John Clyn, avait laissé une chronique. « Et, de crainte que les hommes oublient ce dont ils doivent se souvenir, moi, qui ai vu tant de souffrances et le monde entier sous l’emprise du malin, moi qui étais parmi les morts et attendais le trépas, j’ai voulu porter témoignage. »
Il avait tout noté avec la précision d’un historien, avant de succomber à son tour. Au bas de la dernière page de son manuscrit, une autre main avait écrit : « Ici, semble-t-il, l’auteur s’est éteint. » (P320-321)