Le noir te va si bien – Jean Marsan

J’ai ri en regardant cette pièce, mais j’ai ri ! Il faut dire que le duo Maria Pacôme – Jean Le Poulain ne laisse pas un instant de répit au (télé)spectateur. Il y a du dynamisme, du rythme, de l’humour, bref, tout ce que j’aime dans une pièce. L’histoire est la suivante : John et Lucie sont deux veufs un peu particuliers : ils ont été mariés plusieurs fois et leurs conjoints sont morts à chaque fois dans des circonstances bizarres… en tous les cas suffisamment pour que cela attire la curiosité de l’inspecteur Campbell qui essaient de les attraper sur le fait. Il s’arrange donc pour les réunir et les faire se marier. Nul doute pour lui que la fortune de l’un et de l’autre va réveiller le meurtrier qui se cache dans chacun d’eux.

Cette pièce est, à l’origine, une comédie policière anglo-saxonne de Saul O’Hara datant de 1959. Jean Marsan l’a adaptée en français. La mise en scène est de Jean Le Poulain. Elle a été jouée au théâtre Antoine en 1972 et diffusée en 1975 dans « Au théâtre ce soir », que j’adorais. J’ai vu cette pièce hier dans l’émission Rembob’Ina qui repasse des oeuvres d’anthologie (pour ceux qui ne connaissent pas, c’est le dimanche soir sur la chaîne LCP).

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Cette pièce entre dans le challenge Polars et Thrillers chez Sharon

À la vie à la morgue, ou l’histoire d’un homme marié – Frédéric Navarro






Quatrième de couverture :


Harry est un croque-mort heureux et épanoui. Dans sa morgue il crée dans un rythme endiablé son propre univers fantastique, mélange de vie à trépas. Une harmonie heureuse avec en prime, la joie d’être désagréablement déçu par son épouse Succubine, le chien Rammstein et un musicien psychopathe.

Mon avis :

Attention pièce féroce ! Ne vous attendez pas à un truc larmoyant comme pourrait le faire penser le titre. C’est caustique à souhait et j’avoue avoir bien aimé ! Cela m’a fait penser au livre de Jean Teulé, Le magasin des suicides. Frédéric Navarro joue ici avec un sujet tabou en faisant coexister mort et humour. C’est très bien fait et j’ai souri du début à la fin. Un petit extrait pour vous faire une idée : « Bienvenue à la morgue de Chez Harry’s. Vous trouverez ici les meilleurs morts qui soient. Quand votre esprit et votre corps sont en désaccord, votre serviteur est là pour régler les modalités de la séparation ». 

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Challenge Les textes courts. 

Genre : Théâtre

Auteur : Frédéric Navarro

Pays : France

Nombre de pages : 80 pages 

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Une maison de poupée – Henrik Ibsen

J’aime beaucoup Une maison de poupée (1879). Ibsen décrit la condition de la femme réduite à une poupée. Il fait une critique assez acerbe des rapports hommes-femmes dans le mariage. La pièce fut scandaleuse en son temps. A tel point, qu’elle subit la censure en Angleterre et qu’en Allemagne, l’actrice principale refusa de jouer si l’auteur ne modifiait pas la fin (ce qu’il fit ). De nos jours, la pièce est le plus souvent jouée avec la fin originale.

L’histoire est celle de Nora, jeune femme dépensière, mariée à un avocat, Torvald Helmer, profondément attaché à l’honnêteté, valeur à lier à l’épargne et au fait de ne rien devoir à personne. Il est fou amoureux de sa femme et lui passe ses caprices pour la garder. Nora, quant-à elle, passe pour une sotte, manipulée par son mari qui lui donne sans cesse des directives. Cependant, elle a un lourd secret, une dette contractée, secret avec lequel elle pense tenir son mari le cas échéant.

Le personnage de Nora pourrait avoir été inspiré de Laura Kieler, une jeune Norvégienne qui, en 1869, avait publié anonymement une suite de Brand, poème d’Ibsen, cri de colère contre son pays. Elle lui avait envoyé cette suite, nommée Les filles de Brand. Ibsen la rencontre, l’encourage à continuer à écrire. En 1873, elle se marie et s’installe définitivement à Copenhague ; avec son mari, elle rend visite à Ibsen à Munich, en 1876. L’auteur trouve alors les rapports du couple si idylliques qu’il baptise leur foyer « une maison de poupée ». Mais le mariage de Laura Kieler allait connaître une grave crise avec la maladie de son mari. Elle contracte un emprunt ; la réaction du mari semble avoir été proche de celle de Helmer. Le choc sera tel, pour Laura, qu’elle devra se faire soigner dans une maison de santé.

Voici un extrait de la pièce :

Nora : Bah, en attendant nous pourrons toujours emprunter !

Helmer : Nora ! (S’approchant d’elle, lui tirant l’oreille d’un air badin)
 Toujours aussi insouciante, hein ? Supposons que j’emprunte mille couronnes et que tu les dépenses pendant les fêtes et que la veille du Jour de l’An une tuile me tombe sur la tête.

Nora : (Lui mettant une main sur la bouche) Oh non, ne parle pas ainsi !

Helmer : Si, supposons, – que deviendrais-tu ?

Nora : Si une chose pareille devait arriver, ça me serait bien égal d’avoir des dettes.

Helmer : Et les gens à qui j’aurais emprunté ?

Nora : Qui parle d’eux ? Ce sont des étrangers.

Helmer : Nora, Nora ! Ah, vous les femmes ! Sérieusement, Nora, tu connais mes opinions à ce sujet. Pas de dettes ! Ne jamais emprunter ! Il y a toujours un manque de liberté, quelque chose de laid dans un foyer qui est fondé sur des dettes et des emprunts. Nous avons tenu bon jusqu’ici ; nous tiendrons encore le peu de temps qu’il faudra.

Nora :(Se dirigeant vers le poêle) Bien, bien ; comme tu voudras, Torvald.

Helmer : (la suivant) Allons, allons, ma petite alouette, il ne faut pas rabattre ses ailes de dépit. Alors ? Il boude, le petit écureuil ? (Sortant son porte-monnaie) Nora, regarde un peu ce que j’ai ici !

La Reine morte – Montherlant

Montherlant fait partie de mes dramaturges préférés et je le préfère de loin dans ses pièces plutôt que dans ses romans ou ses essais. Comme quoi…

La reine morte met en scène un vieux roi portugais, Ferrante qui, sentant sa mort arriver, veut mettre en ordre son royaume. Il ordonne ainsi à son fils, le prince Don Pedro, d’épouser l’infante de Navarre, Dona Bianca. Il la fait venir en son royaume afin que les deux jeunes se rencontrent. Mais il y a un problème : le rejeton est amoureux de la belle Inès de Castro. Il ne se préoccupe donc pas de Bianca. Cette dernière, déçue, bafouée dans sa fierté, ne tarde pas à trouver le vieux roi afin de lui faire part de ses sentiments à ce sujet. Ferrante entre dans une colère noire. Il fait enfermer Inès et tente de la persuader qu’elle doit faire changer d’avis le prince afin qu’il épouse l’infante. Mais ce qu’il va apprendre à ce moment-là risque de le surprendre…

Cette pièce, parue en 1942, est inspirée par celle d’un autre écrivain, Luis Velez de Guevara, Régner après sa mort (1570). Montherlant s’est servi du fait réel qui avait donné lieu au texte, l’assassinat d’Inès de Castro par Alphonse IV) mais en a fait une oeuvre toute personnelle. Les personnages sont travaillés. Ainsi, le vieux roi Ferrante paraît complètement hermétique. Certaines réactions peuvent surprendre car il peut prôner la sagesse et faire preuve, pourtant, de haine et de sadisme. Viennent ensuite les femmes au caractère bien trempé. Quant à Pedro… la pauvre garçon fait bien pâle figure face à Bianca ou Inès. Le jeune prince est un pleutre. Le seul acte qui le fera remonter dans notre estime sera le dernier.

Quel talent ce Montherlant !

Atrée et Thyeste – Crébillon

De son vrai nom Prosper Jolyot de Crébillon, dit, plus tard, Crébillon père, ce dramaturge voulut apporter à la tragédie un nouveau souffle. Il ne souhaitait pas, comme beaucoup à cette époque, recopier les pièces de Racine. Si Atrée et Thyeste (1707) est l’oeuvre qui fit de lui un auteur connu et respecté, il en écrivit d’autres aussi remarquables les unes que les autres : Idoménée (1705), Électre (1708) ou encore Pyrrhus (1726). Il fut souvent opposé à Voltaire, celui-ci disant de lui « qu’il avait plus de génie que de littérature ».

Atrée et Thyeste est un mélange de lieux communs à la tragédie : enlèvement, pouvoir, vengeance, mort… Érope, l’épouse d’Atrée est enlevée par son beau-frère, Thyeste. Enceinte de ce dernier, elle retombe sous la coupe d’Atrée qui la tue et élève l’enfant, Plisthène, comme s’il était son fils légitime. Il s’en servira pour se venger de son frère.

Il est vrai qu’en lisant cette pièce, je me suis interrogée sur le succès qu’elle a pu avoir et je rejoins Voltaire. Certes, elle est plutôt vive. Les vers sont bruts, le sang afflue et apporte une dimension plutôt effrayante. Ceci dit, je trouve que tout cela baigne dans un désordre sans nom. Le manque de crédibilité, les nombreuses (trop nombreuses !) complications de l’intrigue font que l’on décroche assez vite. Bon, j’aurai essayé ! Tant pis, je retourne à mon Racine ! Non mais !

Challenge Les textes courts. 

Genre : Théâtre

Auteur : Crébillon

Pays : France

Nombre de pages : 44

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