Léopold Mozart, père de Wolfgang

 

Johann Georg Leopold Mozart est né à Augsbourg, ville appartenant au Saint Empire Germanique, le 14 novembre 1719. Il est issu d’une famille de relieurs. Son éducation sera faite par les jésuites dès l’âge de huit ans. En 1737, à la mort de son père,  il étudiera  le droit et la théologie à Salzbourg, chez les bénédictins. Mais la musique est sa passion et elle est plus forte que tout. Il est renvoyé pour absentéisme. En 1740, il entre dans la maison princière Thurn und Taxis, créatrice de la Poste impériale. Il devient le secrétaire et violoniste du Comte Johann Baptist Von Thurn-Valsassina und Taxis, lui-mêmeprésident du chapitre de la cathédrale. Le jeune domestique est remarqué pour ses talents (il publie sa première composition: six sonates en trio) et, trois ans plus tard, il deviendra quatrième violon dans l’orchestre de la cour épiscopale. Le Prince-Archevêque le nommera ensuite maître de concert. Reconnu pour ses talents pédagogiques, il enseignera au Conservatoire et se vouera corps et âme à la musique. 

En 1747, il épouse Anna Maria Pertl. Sept enfants naissent mais seuls deux survivront: Maria Anna Wallburga Ignatia (née en 1751) et Johannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus (1756). Il sera leur principal professeur de musique. Si Léopold semble avoir eu une personnalité très forte, il n’en reste pas moins qu’il fut toujours un père attentionné pour son fils. Ce fut une autre histoire avec Maria Anna.

On retient deux œuvres importantes de Léopold: une méthode pour violon, toujours en vigueur: Versuch einer gründlichen Violinschule (Traité en vue d’une méthode fondamentale pour le violon) et, plus contestée, la fameuse Cassation en sol pour orchestre et jouets (ou symphonie des jouets). Cette dernière ne semble pas être de Léopold. D’abord attribuée à Haydn, on a découvert que le père de Wolfgang l’avait copiée dans un manuscrit. Cependant, on trouva le manuscrit de l’œuvre dans un couvent du Tyrol. La signature était celle du Père Edmund Angerer.

Léopold fera également quelques symphonies tombées dans l’oubli: une symphonie de chasse, une pastorale, une burlesque. Quelques concertos pour trompettes et trombones nous sont également parvenus.

Il mourut brutalement, le 28 mai 1787, à l’âge de 67 ans.

 

Léopold et ses deux enfants, Wolfgang et
Carmontelle, Mozart père et ses deux enfants, vers 1763, Musée Carnavalet, Paris.

Publicités

Mozart, le petit génie…

Allez, parlons un peu musique classique… Les articles qui vont suivre ne datent pas d’aujourd’hui mais j’avais vraiment pris plaisir à les écrire en prenant moults renseignements sur la vie de cet illustre musicien.

 

 

Johannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus naquit à Salzbourg le 27 janvier 1756. Il est le fils d’Anna Maria Walburga Pertl et de Léopold Mozart, grand compositeur et vice-maître de chapelle à la Cour du prince-archevêque. Wolfgang avait de qui tenir puisque très vite, dès l’âge de trois ans, il manifesta un intérêt certain pour la musique et des dons indiscutables. Ceci ne passa inaperçu aux yeux de son père qui entreprit dès lors de faire son éducation musicale. Sur ses 7 enfants, seuls Anna Maria et Wolfgang, le petit dernier, avaient survécu. Les deux avaient l’oreille musicale. A l’âge de 6 ans, le rejeton improvisait de petites pièces que le père notait scrupuleusement.

A partir de 1762, Léopold entreprend d’exhiber ses deux enfants et commence une tournée : Linz, Munich, Vienne… Ce sera partout un succès. Gonflé d’orgueil, le père décide alors, de 1763 à 1766, de faire une tournée à travers l’Europe : de Munich à Bruxelles, de Paris à Genève, le petit prodige ravira les oreilles des plus grands. Il fera la connaissance du cadet de Bach, Johann Christian. De nature fragile, ses multiples voyages commencent à détériorer sa santé.

En 1767, il compose son premier opéra, Apollo et Hyacinthus. Suivront, en 1768, Bastien et Bastienne et La finta semplice. Le Prince-Archevêque le nomme maître de concert. Léopold obtient un congé et père et fils traverseront de part en part l’Italie (jusqu’en 1771). Mozart travaillera ainsi l’opéra. Partout où il joue, il rencontre le succès. On le couronne de nombreux prix et titres. Il deviendra même membre de la prestigieuse Académie philharmonique de Bologne (où les jeunes gens n’étaient pourtant admis qu’à partir de 20 ans). Sa rencontre avec Giovanni Battista Martini ( 1706-1784) et Nicolas Piccini (1728-1800) sera déterminante pour sa carrière.

 

Mozart âgé de 14 ans,  par le peintre Louis Gabriel Blanchet, 1770.
Mozart âgé de 14 ans, par le peintre Louis Gabriel Blanchet, 1770.

 

En 1771, le Prince-Archevêque Schrattenbach meurt. Son successeur, Colloredo, devient, dès lors, le nouvel employeur de Wolfgang. Cependant, si Schrattenbach encourageait Mozart à voyager, ce n’est pas le cas pour Colloredo qui voit ceci d’un très mauvais œil. Les relations avec celui-ci se dégradent vite, d’autant plus que le Prince lui impose la forme de ses œuvres. C’est à cette même époque qu’il va rencontrer, à Vienne, Joseph Haydn qui deviendra un ami.

A l’âge de 20 ans, en 1776, Wolfgang décide de quitter sa ville natale mais le Prince refuse de laisser partir Léopold. Il part ainsi, un an plus tard, avec sa mère, à Munich où il espère trouver un poste, puis à Augsburg et enfin à Mannheim. Mais ce sera la déception car il reste sans travail. A Mannheim, il fait la connaissance d’Alysia Weber, cantatrice de son état et en tombe éperdument amoureux. Ceci provoquera le courroux de Léopold qui demandera à son rejeton de se remettre à la musique. Accablé par les dettes, Mozart tente sa chance à Paris, auprès de Melchior Grimm (qu’il avait connu pendant une tournée). Mais là encore, ce sera la déception. Le 3 juillet, tombée malade, sa mère décède. Il rentre alors à Salzbourg, non sans avoir fait un détour pour aller voir sa cantatrice… Il apprendra qu’elle aime un autre homme. C’est complètement déprimé que le pauvre Mozart revient dans sa ville natale, le 29 janvier 1779. Léopold arrive à convaincre le Prince de reprendre son fils à son service.

En 1780, il reçoit une commande de  Munich. Ce sera la création de Idoménée, roi de Crète, qui obtiendra le succès escompté. En 1781, il se voit dans l’obligation de suivre le Prince Hironimus Colloredo à Vienne. Ce dernier le traite comme un vulgaire laquais avant de le congédier en le traitant de voyou et de crétin. Mozart se réfugie alors chez Mme Weber, mère d’Alysia, qui venait de s’installer à Vienne et y tenait une pension. Désormais compositeur indépendant, Mozart revit. En 1782, l’Empereur Joseph II lui commande un opéra. Wolfgang crée alors L’enlèvement au sérail. Un mois plus tard, il épouse, sans attendre le consentement écrit de son père, Constanze, soeur cadette d’Alysia.

 

Lithographie de J. Lange. (Vers 1782)
Lithographie de J. Lange. (Vers 1782)

 

Le 14 décembre 1784, il entre en franc-maçonnerie et en deviendra maître un an plus tard. Il compose quelques œuvres pour ses camarades : La joie des maçons (février 1785), la Musique funèbre maçonnique (novembre 1785) et surtout, plus tardivement, la célèbre Flûte enchantée (1791).

1786 sera l’année de sa rencontre avec l’abbé Da Ponte. Rencontre cruciale puisque ce dernier proposera à l’Empereur un livret basé sur le Mariage de Figaro. La demande est d’autant plus ambitieuse que la pièce avait été censurée jusqu’en 1784 car elle dénonçait les privilèges de la noblesse et mettait en relief la victoire des valets.

Mozart obtient l’aval impérial et les Noces de Figaro verront le jour. La première représentation aura lieu le 1er mai 1786. Un an plus tard, le jeune prodige s’installe à Prague avec sa femme. Le directeur du théâtre de Prague lui a commandé Dom Juan. L’opéra, qui se jouera le 29 octobre 1787 sera un succès. Entre-temps, son père, Léopold, est mort (28 mai 1787).

De retour à Vienne, sa situation financière ne s’arrange pas. Mozart est criblé de dettes car il mène un train de vie au-dessus de ce qu’il peut se permettre. La santé de sa femme, déjà fragile, se dégrade de plus en plus. Il touche des cachets ridicules. En 1791, bien qu’accablé, Mozart entreprend l’écriture simultanée de 3 œuvres : la Flûte enchantée, commandée par Schikaneder, acteur, chanteur, poète et directeur de théâtre ; la Clémence de Titus, commandée pour le couronnement de Leopold II à Prague, et le Requiem, œuvre magistrale commandée par le comte Walsegg. Ce dernier avait l’habitude de commander des pièces et de les faire interpréter en privé comme si elles étaient siennes. Le Requiem était destiné à la mémoire de sa femme, Anna. Malheureusement, Mozart n’aura pas le temps de terminer le Requiem. Sa santé fragile, dégradée au fil du temps, le surmenage (3 œuvres en simultané est une surcharge de travail considérable, surtout si l’on pense aux différentes pressions qu’on a dû exercer sur lui, notamment pour la Clémence de Titus qu’il a dû achever en trois semaines), donneront lieu à une profonde dépression et des évanouissements répétés. Mozart était convaincu qu’il travaillait à son propre Requiem et qu’on cherchait à l’empoisonner. Fin novembre 1791, se sentant épuisé, il donna des instructions à un de ses élèves qui ne le quittait pas depuis quelques mois, Franz Xaver Süssmayr. Il meurt dans la nuit du 4 au 5 décembre, à l’âge de 35 ans.

Officiellement, Mozart est mort d’une forme de typhus. Cependant, la thèse de l’empoisonnement courut et on accusa même son principal rival, Antonio Salieri. Rien ne permet de confirmer l’empoisonnement. Les différentes recherches font état d’une santé dégradée par une néphrite chronique et par des maladies telles que la scarlatine, la variole ou le typhus. Ajoutés à tout ceci le surmenage et la mauvaise alimentation, voilà qui pourrait expliquer cette  mort précoce. Il fut enterré le 6 décembre au cimetière Saint-Marx, dans la banlieue de Vienne. Ce fut une cérémonie misérable, sans note de musique, sans personne… triste fin pour un tel génie !

Constanze, son épouse, donna à écrire la fin du Requiem à l’élève du défunt, Süssmayr. Ceci permit de payer une partie des dettes accumulées par le couple ainsi que les obsèques. Sur les six enfants du couple, seuls deux survécurent (même schéma que pour les parents de Mozart) : Karl Thomas (1784-1858) et Franz Xaver Wolfgang  (1791-1844). Karl étudia la musique mais abandonna très vite. Il devint fonctionnaire au service du Vice-roi d’Italie Eugène de Beauharnais. Franz suivit la voie de ce père qu’il n’eut pratiquement pas la chance de connaître puisqu’il n’avait même pas un an à la mort de ce dernier. Il devint compositeur et chef d’orchestre. Quant à Constanze, elle épousa, en 1809, un écrivain et diplomate danois, Georg Nikolaus von Nissen. Elle mourut à l’âge de 80 ans, le 6 mars 1842.

 

L’homme au canon – Dritëro Agolli

L'Homme au canon



Quatrième de couverture : 

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, en Albanie, dans un village tenu par quatre familles, un homme s’approprie un canon abandonné par l’armée italienne en déroute. Ce canon devra être l’instrument de sa vengeance. L’homme au canon nous montre un pays, l’Albanie, à une période cruciale de son histoire où les tensions sont extrêmes. La lutte qui oppose les nationalistes aux communistes et tous aux armées étrangères (l’Italie qui fuit et l’armée nazie qui menace), se mêle à la lutte qui, de vendetta en vendetta, oppose les principales familles du village. Dans cette société au bord de l’effondrement, Driëto Agolli ne perd pas ses héros. Les passions ne sont pas que politiques ou militaires, c’est aussi tout le prisme des sentiments qui éclaire ce magnifique roman.

 

Mon avis : 

À part la littérature anglo-saxonne, j’ai toujours beaucoup de mal à lire de la littérature étrangère. Je ne sais pas pourquoi, il faudra qu’un jour je me penche sur la question ! Heureusement, j’essaie de combattre ce blocage. Je ne suis d’ailleurs pas mécontente du tout d’avoir lu cet auteur albanais. Il faut dire que Dritëro Agolli remporte autant voire plus de succès dans son pays qu’Ismail Kadare. Ce n’est donc pas le premier venu.

Dans ce roman, L’Homme au canon, il met en scène Mato Gruda, homme dont le père a été tué par une autre famille du village, les Fiz. Alors qu’il coupait du bois dans la forêt, Mato est obligé d’abandonner sa mule et d’aller se réfugier dans une grotte en attendant que les tirs cessent. L’histoire se passe sur fond de seconde guerre mondiale. Les italiens et les allemands tirent à tout va. Lorsque le calme est enfin revenu, Mato récupère sa mule, se félicitant qu’elle n’ait rien et parcourt la forêt. Il tombe alors sur le corps d’un soldat italien et sur le fameux canon. Il emporte ce dernier chez lui, au grand dam de sa femme, Zara, qui se demande bien ce qu’il va pouvoir en faire. Sa tante Esma, en revanche, ne dit rien mais on pressent qu’elle soutient Mato… et pour cause : ce canon sera l’instrument de la vengeance. Et si je disais que ce roman se passe sur fond de seconde guerre mondiale, c’est parce que toute l’attention du lecteur se porte sur cette vendetta. On se croirait dans du Shakespeare avec Les Montaigu et les Capulet, l’amour en moins. Bien entendu, Mato ne parle à personne de sa trouvaille, pas même à son meilleur ami, Mourad.

Mato fait partie d’un groupe de partisans qui va accueillir des italiens. Lorsque le sien arrive, Augusto, rebaptisé Agush, Mato va en profiter pour lui demander de lui apprendre à tirer au canon. C’est ce que fait l’italien, ne s’imaginant pas que ses leçons pourraient avoir un dessein de vengeance. Et il ne comprend pas qu’un soir, son élève tire en direction de la maison des Fiz. Lorsqu’une fumée s’élève de la maison, Mato et Esma sont ravis. Augusto est affolé. Cependant, au petit matin, Mato découvre qu’il a raté la maison et qu’il n’a touché qu’une meule de foin. Son acte ne sera pas sans conséquence et Mato ne s’imagine même pas les dégâts que cela va causer…

Je le disais au début de cette critique, je ne regrette vraiment pas d’avoir lu cet auteur. Le style est limpide et il n’y a nul besoin de connaitre l’Albanie pour comprendre. Bien au contraire, ce roman est riche d’enseignement et donne envie d’en savoir un peu plus.

 

Extrait : 

« Oui, ça va mal ! fit Mourad, comme sortant d’un rêve. Et nous regardons faire, les bras croisés. Au lieu de tirer sur les Allemands, nous nous entre-tuons pour des affaires de famille !… Je suis las de vous tous, à la fin ! ajouta-t-il, continuant de parler comme pour lui-même, mais soudain tout animé. Je ne me sens plus la force de vous convaincre… Le Christ et Mahomet ensemble, s’ils venaient ici, ne se feraient pas mieux entendre que moi ! Vous avez tous le cœur et la tête mangés par la gangrène ! »

Soupçons – Kirsteen Duval

Couv Soupçons 3

Quatrième de couverture :

Sybil et sa mère Maureen fuient le compagnon violent de cette dernière et s’installent dans une ville proche de la frontière du Canada. Leur nouvelle vie se met en place très rapidement, l’avenir semble prometteur.

Maureen et Sybil ne tardent pas à tisser des liens amoureux. Le shérif Dan tombe sous le charme de Maureen, alors que Sybil n’en revient pas d’avoir éveillé l’intérêt du très beau Tom.

Plus le temps passe et plus le comportement de Tom intrigue Sybil, mais l’amour qu’elle lui porte anéantit sans cesse ses soupçons jusqu’au jour où sa vie bascule…

Mon avis :

J’avais déjà apprécié le premier roman de Kirsteen Duval, Origines, j’ai adoré celui-ci. Là encore, on a l’impression que tout va bien aller pour les personnages mais il n’en est rien. Moi qui suis férue de thrillers, à plus forte raison lorsqu’ils sont psychologiques, je me suis régalée. Le suspense est à son comble. Croyez-moi, lorsque vous y mettez le nez dedans, vous ne faites rien d’autre à côté.

Lisez-le, vous verrez que vous ne le regretterez pas. Vous passerez quelques bonnes heures de lecture « vivifiante » pour l’esprit.

Extrait :

— Bonjour, je suis le détective McCarty, et voici mon coéquipier, le détective Wilson, répondit la jeune femme en brandissant son insigne aussitôt imitée par son collègue. Nous désirons parler à Mme Rivers.

— Vous voulez dire à Mlle Rivers, répliqua sèchement la vieille femme.

— Euh, oui, c’est exact, à Mlle Rivers. Pourrions-nous lui parler un instant ?

— C’est à quel sujet ? Que lui voulez-vous exactement ?

— C’est à propos de sa mère.

La vieille femme dévisagea les deux policiers d’un air surpris.

— Comment vous avez dit vous appeler ? lança-t-elle à l’attention de la jeune femme.

— McCarty, Eva McCarty.

— J’ai connu un McCarty il y a longtemps de cela, dit la vieille femme toujours au travers de la vitre. Vous connaissez le shérif Dan McCarty ?

— Je suis sa petite-fille, répondit Eva en souriant.

La vieille dame l’observa avec curiosité puis son visage s’illumina tout d’un coup. Finalement, elle ouvrit la porte et invita les policiers à entrer.

— Je suis Sybil Rivers, lança-t-elle avant de tourner le dos et de leur faire signe de la suivre. Enlevez-moi ces chaussures ! Cria-t-elle de l’autre pièce.

Pietra Viva – Leonor de Recondo

J’avais lu ce livre pour les matchs de la rentrée littéraire 2013 de Price Minister. Il fallait faire une critique originale. Voici la mienne. J’ai ainsi gagné une liseuse, la toute première…

 

De la mort d’Andrea, Michelangelo se désola,

son esprit, sa chair, tout son corps était là,

cadavre froid devant l’Artiste qui pleura.

Pourquoi ? La question l’obséda,

tant et si bien qu’à Carrare il alla,

fuyant ses sentiments, fuyant le vieux schéma,

Amitié, Amour ? Il ne s’y résolut pas.


Trouver le marbre du futur tombeau

du Pape Jules II, il s’enquit aussitôt.

Cœur brisé, cœur blessé, jusque sous sa peau,

il voyait Andrea revenu du caveau.

Un enfant, Michele, rabroué aussitôt,

fut, finalement, un immense cadeau.

Innocence et pureté apaisèrent son cerveau.


Orgueil et colère laissent place à la joie,

Andrea et sa mère ressuscitent dans sa foi.

Ses mains vont façonner ce marbre qui fait loi,

au soleil de son cœur, au soleil qui poudroie.


Michelangelo, l’Artiste, le sculpteur, est là,

avec ses défauts, son caractère, son mea-culpa,

sous la plume avisée que l’auteur(e) enchanta,

offrant tout son sens au titre : Pietra Viva !


Mots ciselés dans la veine de la page,

style poétique gravé dans leur sillage ;

Écriture fine invitant au voyage,

pour un magnifique livre à l’heureux présage.

 

 

Extrait :

Les tailleurs de pierre riaient de voir cet enfant de la ville, si prompt à les suivre dans la poussière, s’y frotter avec autant de plaisir. Voyant que les adultes ne lui prêtaient pas volontiers leurs ciseaux, il commença à dessiner tout ce qu’il voyait. Et les tailleurs cessèrent de rire tant le talent de l’enfant dépassait l’entendement. Certains prétendirent même que le diable y était pour quelque chose. Mais Michelangelo ne les écoutait déjà plus. Un chemin lumineux et sanguin s’était ouvert en lui et il s’était promis de le suivre toute sa vie.

Sa nourrice portait en elle assez d’amour pour lui faire croire qu’il n’avait rien à craindre et que, si cette voie-là était la sienne, il ne fallait pas la laisser s’échapper. Pour cela, il devait accomplir une chose : oublier les autres et plonger en lui-même. Elle avait employé ces termes. Et quand, la tête la première, il plongea dans son magma intérieur, il s’aperçut que sa chair était faite de pierre vive. De pietra viva.

Traversée de la Mangrove – Maryse Condé

J’ai découvert la littérature antillaise à la Fac. C’est dire si ça remonte ! J’ai de suite été attirée par cette ambiance magique, associée à la réalité, faisant du petit monde insulaire un peuple évoluant entre onirisme et dure réalité de la vie.

Francis Sancher est mort, assassiné. Comme il est de coutume, une veillée funèbre s’organise. Mais qui est le défunt ? Visiblement, un écrivain, et peut-être même celui qui est en train d’écrire le livre. Mais pourquoi est-il venu dans cette petite communauté de Rivière au Sel ? Chacun y va de son récit, racontant le passé du mort et ce qu’il a apporté. Les points de vue, positifs et négatifs, s’enchevêtrent. Nous avons affaire à une vingtaine de personnes, une vingtaine de voix. On comprend dès lors le titre : les narrations sont comme le rhizome de la Mangrove.

Entre mystères et déceptions, le roman laisse découvrir une Guadeloupe certes luxuriante mais complexe : complexité de ses habitants, des mœurs, de la culture…

 

Extrait :

Léocadie Timothée.

« Ce mort-là est à moi. Ce n’est pas par hasard si c’est moi qui l’ai trouvé, déjà boursouflé, dans la trace à l’heure où le ciel saignait derrière la montagne. Je suis devenue sa maîtresse et sa complice. Je ne le quitterai qu’au moment où les premières pelletées de terre tomberont sur le bois de son cercueil.

Et pourtant, de son vivant, je ne le portais pas dans mon cœur, cet homme-là, et j’étais bien de l’avis de ceux qui s’apprêtaient à envoyer une lettre recommandée au maire pour qu’on l’expulse comme les Haïtiens et les Dominicains qui transforment les terrains de football de Petit Bourg en terrains de cricket. Vraiment, ce pays-là est à l’encan. Il appartient à tout le monde à présent. »

Les demoiselles de Provence – Patrick de Carolis

 

Quatrième de couverture :

La Provence du XIIIe siècle est une terre très disputée. A force de courage et de ténacité, Raimon Bérenger V en a fait un comté souverain. Son épouse, Béatrice de Savoie, lui a donné quatre filles : Marguerite, Eléonore, Sancie et Béatrice. Leur beauté, leur éducation et leur vertu vont assurer à ces demoiselles les plus hautes destinées : par alliances, elle vont régner sur quatre des royaumes les plus convoités d’Europe. Leur destin respectif et leurs secrets les conduiront de la Provence à l’Angleterre en passant par la vallée du Rhin, Aigues-Mortes ou Naples, et même en Orient…

 

Mon avis :

Je connaissais le journaliste, présentateur télé et ancien président de France télévision mais pas l’écrivain. Eh bien, je peux vous assurer que Patrick de Carolis manie la plume avec brio. S’attaquer à l’histoire de la Provence au XIIIe siècle n’est pas chose facile car il y a, à cette période, de nombreux évènements et un certain imbroglio dans les branches royales. La guerre est ouverte entre les Capétiens et les Plantagenêts. Vient s’ajouter à ceci les nombreux comtes qui ne veulent pas lâcher leur territoire et qui font de nombreuses tractations, à base de mariages arrangés, afin que les terres restent dans la famille. Ainsi, Raimon Bérenger V tient farouchement à son comté de Provence. Malheureusement, sa femme, Béatrice de Savoie, ne lui a pas donné d’héritier. Quatre filles sont nées de ce lit : Marguerite, Eléonore, Sancie et Béatrice. Marguerite sera mariée à Louis, roi de France, Eléonore à Henry, roi d’Angleterre, Sancie à Richard de Cornouailles, et Béatrice à Charles d’Anjou, frère de Louis…

Cet ouvrage est un roman, il convient de ne pas l’oublier. Il se lit aisément (je l’ai dévoré) et a un intérêt sur le plan historique car il permet de mieux comprendre les liens étroits qu’il pouvait y avoir dans cette royauté obscure. Si l’auteur n’est pas historien, il n’en reste pas moins qu’il a fait un énorme travail d’analyse afin de mettre à la portée de tous ce pan, ô combien important, de l’Histoire.

Je recommande vivement ce livre.

 

Extrait :

(Raimon Bérenger et Béatrice commence à s’interroger sur la perspective de marier leur fille aînée, Marguerite.)

Le comte, qui commence à s’en soucier, se tourne vers Romée de Villeneuve, l’homme sans l’avis duquel il ne prend plus aucune décision importante. Qui d’autre mieux que le « Pèlerin » pourrait le conseiller pour transformer en une arme politique et diplomatique le désavantage de n’avoir que des filles ?

A la suite de sa conversation avec la comtesse, il est allé sur le chemin de ronde du château pour y réfléchir, contempler ses terres, en humer les odeurs, et jouir du sentiment de domination que ce panorama lui inspire. C’est là que quelques jours plus tard il convoque Romée.

 – Comme tu le sais, lui dit-il, l’espoir d’un héritier vient à nouveau de sombrer.

 – La comtesse est encore en âge…

 – Non ! coupe le comte. On ne compose une musique qu’avec les sons dont on dispose.