Les Plumes chez Emilie 🖊

Le thème était : IMPRÉVISIBLE

La liste de mots :

HASARDLUNATIQUEINTELLIGENCEMÉTÉO, CONFUSIONSOUDAINPAPILLONEFFETEXTRAVAGANT,

ZUTBOULE,
DESTINERDOMMAGEDÉSINVOLTE

MON TEXTE 

La Baronne a été invitée pour un week-end à Deauville. La voici de retour…

Séraphine : Tiens, j’entends une voiture. Serait-ce déjà Madame qui serait de retour ? Il n’est que 14h, ça me paraît bien tôt pourtant !

La Baronne, donnant des coups à la porte d’entrée : Séraphine, au nom du ciel, ouvrez cette porte !

Séraphine : Ah, oui, c’est bien elle ! Elle a l’air d’être dans un état ! Pfffiou, qu’est-ce que je vais encore entendre !!!

La Baronne : Séraph… Ah, vous voilà enfin, ce n’est pas trop tôt ! Tenez, prenez donc ce parapluie et mon pardessus, je suis exténuée !

Séraphine : Madame a l’air d’être bien fatiguée… (À part) Sa coiffure ressemble à une choucroute. On dirait un chien mouillé…

La Baronne : Si vous saviez ma pauvre Séraphine ! Plus jamais je ne retournerai à Deauville au mois de février. Nous avons eu une météo exécrable ! C’est bien dommage car j’aime beaucoup cette ville. Nous avions décidé de faire une promenade après le déjeuner, sur les bords de plage. Nous avons eu droit à de telles bourrasques de vent que nous avons dû nous replier à l’intérieur d’un café en attendant. J’ai juste réussi à retenir mon chapeau mais regardez un peu dans quel état est le papillon qui s’y trouvait !

Séraphine, riant : On dirait une grosse boule !

La Baronne : En effet, vous avez raison… Zut alors, il est bon pour la poubelle ! Remarquez, ce chapeau m’avait été offert par Framboisine, je lui ai fait plaisir en le portant. Mais je l’ai toujours trouvé un peu extravagant.

Séraphine : Et comment vont-ils ?

La Baronne : Qui ?

Séraphine : Vos hôtes.

La Baronne : Hubert est toujours d’une intelligence remarquable. Je prends plaisir à discuter avec lui. Quant à Framboisine, elle est d’une gentillesse exemplaire.

Séraphine, à part : Je doute que cet Hubert prenne plaisir à parler avec la Baronne. On ne peut pas dire que son Q.I soit très élevé. En même temps, je ne l’aime pas, il est très hautain. Quant à Framboisine, elle lui était toute destinée. Elle est capricieuse et imbue de sa personne.

La Baronne : Que dites-vous Séraphine ? Oh, je me demande bien si tout ce vent ne m’a pas abîmé les tympans !

Séraphine : Le vent ? Abîmer les tympans ? Ah, ah !!! Vous plaisantez Madame ! (À part) Soit elle est d’une débilité profonde, soit elle le fait exprès !

La Baronne : Voyez, vous me parlez et je n’entends pas. Pourtant, j’ai bien vu vos lèvres bouger ! Oh, tout ceci sème la confusion dans mon esprit ! Prenez-moi un rendez-vous chez l’ORL. Je suis sûre que je dois avoir quelques grains de sable ou de poussière qui m’obstruent le canal auditif.

Séraphine, partant dans le petit salon : Bien Madame ! (À part et la refaisant, la bouche en cul de poule) Qui m’obstruent le canal auditif ! Mais ce n’est pas possible d’être aussi c…

La Baronne, entrant soudain dans le salon : Tenez, regardez Séraphine. Je viens d’utiliser un coton-tige, voyez le résultat !

Séraphine : Madame ne se sent pas bien ?

La Baronne : Pourquoi me demandez-vous ça ?

Séraphine : Parce que c’est bien la première fois que Madame me brandit sous le nez son coton-tige usagé !

La Baronne : Enfin, Séraphine, feriez-vous semblant de ne pas comprendre, par hasard ? Je vous le montre car il y a de la poussière dessus, ce qui pourrait expliquer ma surdité soudaine.

Séraphine : Pourtant Madame a bien entendu ce que je venais de lui dire. La surdité est donc aléatoire !

La Baronne : Ne soyez pas aussi désinvolte Séraphine, c’est sérieux ce que je vous demande.

Séraphine : Madame m’excusera, mais si je dis au médecin que vous êtes devenue sourde à cause des bourrasques de vent à Deauville, il va me prendre pour une folle.

La Baronne : Il a bien dû en entendre d’autres ! Ah, ah, Séraphine, en entendre d’autres… pour un ORL… je suis impayable !

Séraphine, esquissant un sourire : Madame est d’une intelligence !

La Baronne, flattée : Oh, ce n’était qu’un petit jeu de mots sans prétention. Bien, Séraphine, appelez le docteur Covert pour mes oreilles.

Séraphine : Harry ?

La Baronne : ???

Séraphine : Harry Covert, haricot vert, moi aussi je fais des jeux de mots !

La Baronne, s’énervant un peu : Oui mais ils sont mauvais ! Allez, allez, je ne vous paie pas pour rien, faite donc ce que je vous demande !

Séraphine : Pffff, mais qu’elle est lunatique ! Complètement imprévisible !

Les Plumes chez Emilie

Le thème était : SUD

La liste de mots :

TAILLEUR, PELOUSE, PLAGE, PERDRE, NOSTALGIE, CIGALE, LUMIERE,
ARBRE, CROIX, ACCUEIL, AZUR, ARDENT

Mon texte : 

Séraphine : Madame la Baronne, votre courrier est arrivé !

La Baronne : Et qu’est-ce qui vous excite comme ça ?

Séraphine : Vous avez reçu une invitation des De Lanoix.

La Baronne : Séraphine, ôtez-moi d’un doute…

Séraphine : Oui ?

La Baronne : Ouvririez-vous mon courrier ? 

Séraphine : Je ne me permettrais pas ! 

La Baronne : Vous m’en voyez soulagée ! 

Séraphine : Je ne fais que regarder à travers en mettant l’enveloppe à la lumière…

La Baronne, exaspérée : Mais enfin, Séraphine ! C’est privé ! 

Séraphine : Mme la Baronne ne va quand même pas s’offusquer ! Je fais pratiquement partie de la famille. 

La Baronne, dépitée : Vu ainsi… et que disait donc cette invitation ?

Séraphine : Vous êtes invitée à Deauville le week-end en huit.

La Baronne : Il n’y a pas de quoi sauter en l’air ! 

Séraphine : Comment ça ? Etendre sa serviette sur la plage se confondant avec l’azur, quel bonheur !

La Baronne : Au mois de février ? 

Séraphine : Aller faire du golf dans une pelouse d’un vert ardent…

La Baronne : On appelle cela du gazon… Ai-je une tête à faire du golf ?

Séraphine : Se reposer à l’ombre d’un arbre en écoutant les cigales…

La Baronne, ébahie : Vous me fascinez ! Mais où placez-vous donc Deauville pour y trouver des cigales ? Les seules que l’on puisse trouver sont des cigales de mer au restaurant du coin ! Vous perdez la tête mon amie !

Séraphine : Allez-vous donc faire une croix sur ce séjour ? 

La Baronne : Vous n’y pensez pas ! Que diraient Hubert et Framboisine, des amis de vingt ans ? Leur accueil est toujours extraordinaire.  Avez-vous récupéré mon tailleur chez le blanchisseur ? Je le prendrai, ça me rappellera quelques années en arrière, lorsque je courais pieds nus dans le sable avec Henry… Ah, nostalgie, quand tu nous tiens !

Séraphine : Le blanchisseur ? Et c’est moi qui perds la tête ! Au pressing, vous voulez dire ! Cela fait bien longtemps que les blanchisseurs ont disparu. Les seuls que vous trouverez ne lavent pas du linge ! Ils s’intéressent plutôt à l’argent… (à part) Ah, ah ! On veut se moquer mais on a autant de lacunes que moi ! 

Les Plumes chez Émilie

Le thème choisi était  : CARPE DIEM

La liste de mots :

PLAISIR
HASARD
PROFITER
CUEILLIR
AUJOURD’HUI
LENDEMAIN
(Les ou La) ROSE
SEREIN
POISSON
PROLIFÉRATION
LATIN
IMMÉDIATETÉ
MARGELLE
DÉSIR
DÉCADENT
DÉVORE

Un moment de détente

En ce frais matin d’avril, à l’heure où le soleil darde ses rayons sur la campagne, Philippe planta ses cannes à pêche dans son coin favori. La rivière était belle depuis que le village s’était organisé pour tout nettoyer après la prolifération d’une algue qui menaçait les poissons. Le hasard avait voulu qu’au détour d’une randonnée, il découvre ce petit paradis où l’onde pure coulait sur les galets et enchantait par sa musique minérale. Les truites saumonées, d’un beau rose orangé, venaient narguer les promeneurs en tortillant joyeusement leurs corps entre les rochers affleurant à la surface. Philippe, ce jour-là, s’était promis de revenir le lendemain pour faire une surprise à sa famille en ramenant quelques poissons que tout le monde dévorerait avec plaisir. Il profitait en même temps d’être seul, loin de tout, pour se vider la tête. Cela le rendait serein. Il ne pensait plus à rien et rentrait dans la contemplation de la nature.

Pendant ces instants, le temps était arrêté. Exit la folle société, cette ruche où les gens grouillent et ne s’arrêtent jamais, où l’immédiateté est reine, où la consommation foisonne… la riante verdure faisait place à ce monde décadent.

Aujourd’hui serait un bon jour ! Tout était rassemblé pour que les truites viennent taquiner ses hameçons. Il cueillit un brin d’herbe qu’il mit à la bouche et s’allongea. Lorsqu’il serait à la retraite, il passerait son temps ainsi. Il en profiterait également pour étudier les poissons, de leurs noms en latin à leurs modes de vie. Son désir le plus cher était de s’éloigner de la folie de la ville et de s’oxygéner à la campagne. En attendant, il en profitait le week-end, dès que le temps le lui permettait…

– Philippe ? Philippe ?

– …

– Philippe, réveille-toi, tu vas attraper une insolation en restant à dormir en plein soleil sur les margelles de la piscine !

Ce n’était donc qu’un rêve ! Il appartenait bel et bien à ce qu’il exécrait dans ses songes et nourrissait lui-même cette société de consommation en partant en vacances dans des endroits branchés et huppés. Que n’aurait-il pas donné, à ce moment, pour une simple petite canne à pêche…

Les Plumes d’Asphodèle chez Emilie

 

La phrase choisie par Émilie était « « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… »

La liste, cette fois, était la suivante :

MERVEILLEUX
CONSOMMER
MARIAGE
SOUCI
FLEUR
MEGERE
FRATRIE
UTOPIE
HARASSE
HISTOIRE
FERTILE
ILLUSION
CELEBRER
CONTE
CENSURE

Voici mon texte :

Une nouvelle vie

 

John arriva aux aurores sur ses terres. L’aube venait à peine de se lever. Le ciel, digne d’un tableau impressionniste, oscillant entre le bleu pâle et un rose soutenu, annonciateur de vent, mettait en relief ses récoltes de maïs. Il sortit de son vieux 4×4 et huma l’air à pleins poumons. Enfin ! Enfin il était chez lui ! Il avait attendu ce moment depuis si longtemps ! Il se pencha et cueillit une petite fleur au bord du champ. Maintenant, il allait pouvoir construire sa vie, son histoire. Sa terre fertile allait lui donner suffisamment d’argent pour nourrir une famille, sa famille. Il pouvait désormais faire sa demande en mariage à Debbie. Et lorsqu’elle serait installée avec lui, il lui offrirait tous les matins une petite fleur, la même que celle qu’il tenait dans sa main. Ce serait merveilleux. Il pourrait enfin tourner le dos à la mégère qui l’avait élevé jusqu’à présent, sa belle-mère, une femme cruelle et autoritaire qui avait pris un malin plaisir à séparer la fratrie. Lorsque le père de John était mort, elle avait imposé ses règles, mis une forme de censure à tout et n’importe quoi. Elle n’avait pas voulu entendre parler de Debbie, répétant à longueur de journée que la vie de couple n’était pas un conte de fée, qu’il ne fallait pas se bercer d’illusions… une fois que l’union était consommée et que les enfants arrivaient dans le foyer, c’était la porte ouverte aux soucis. John n’était pas dupe. Même si la vie de couple n’était pas une utopie, il serait heureux avec Debbie et dès lors que le mariage serait célébré, il lui donnerait de beaux enfants qui lui ressembleraient, du moins l’espérait-il. Sa bien-aimée était tout l’inverse de sa marâtre. Elle avait accepté d’attendre qu’il puisse acheter des terres. Il avait travaillé comme un damné pour y construire leur nid douillet et, lorsqu’il était harassé de fatigue, il songeait aux bambins qui allaient courir dans chaque pièce construite de ses mains.

John fit tourner la petite fleur entre ses doigts, en respira le parfum et regarda en direction de la maison, leur maison. Allez, au travail, se dit-il, la récolte ne se fera pas toute seule !

Les Plumes d’Asphodèle

Allez, on est reparti ! Le thème choisi était « DESSOUS »

La liste, cette fois, était la suivante : NUISETTE, TRADITION, TRENTE-SIXIÈME, FÈVE, NOIR, TRÉFONDS, ENVERS, TARABISCOT, BRETELLE, MUSARDER, ABONNEMENT, ARCANE, AFFOLER, ARNAQUER

 

Voici mon texte :

La galette des rois

Elle se réveilla avec un mal de tête épouvantable. Le sang battant dans ses tempes allait bientôt faire éclater son cerveau, comme un tarabiscot passant sur une planche de bois pour en faire éclater les échardes. Elle ouvrit un peu plus les yeux et regarda autour dʼelle. Sa nuisette, dʼun noir profond, était jetée négligemment sur le lit, à lʼenvers, une mini-bretelle pendant dans le vide. Mais que lui arrivait-elle ? Elle avait lʼimpression dʼêtre au trente-sixième dessous, dans les arcanes de lʼenfer. Elle fouilla au tréfonds de sa mémoire. La veille, jour de congé, elle avait musardé tout lʼaprès-midi en attendant dʼaller manger chez ses amis. Comme la tradition le voulait, elle avait apporté une galette car elle avait eu la fève la dernière fois. Elle sʼétait dʼailleurs fait la réflexion quʼelle devrait prendre un abonnement chez son pâtissier car elle tombait toujours sur le petit objet. « Et qui cʼest qui va payer sa galette ? » Elle entendait cette phrase un nombre incalculable de fois, à croire que les copains prenaient un malin plaisir à lʼarnaquer et à la lui refiler !

La bouche pâteuse et le mal de crâne persistant, elle se leva et alla dans la salle de bain. Le miroir lui renvoya une image dʼelle qui lʼaffola. Elle avait un énorme hématome sur la joue, une arcade sourcilière sanguinolente. Son regard balaya la pièce. Ce nʼétait pas sa salle de bain. Celle-ci était basique, toute blanche, sans âme. En y regardant bien, sa chambre non plus ne correspondait pas à la sienne. Elle entendit soudain des pas, quelquʼun toucha la poignée et ouvrit la porte. Une dame en blouse blanche se tenait devant elle. « Bonjour Madame Martin, comment se sent-on aujourdʼhui ? »  Elle ne comprenait pas. « Vous avez eu un accident de voiture, vous vous souvenez ? Vous aviez beaucoup bu. Vous avez eu une sacrée chance ! Vous vous en sortez avec trois fois rien. » Les souvenirs se bousculaient dans son esprit : le repas chez les copains, le champagne coulant à flots, un bruit assourdissant de tôle froissée et ce trou noir…
Quʼon ne lui parle plus jamais dʼune galette…