Grand Hôtel du Merdier – Guy Sembic

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Vous l’aurez deviné, il est inutile de chercher cet hôtel sur une carte ! Ceci dit, vu le titre, je crois qu’on peut encore préférer aller poser ses valises à l’Auberge Rouge !!!

Ce roman est… comment dire… à la fois atypique et extraordinaire. Il ne rentre dans aucune case et, si vous connaissez un peu son auteur, cela ne vous étonnera guère. Je vous propose d’ailleurs, histoire d’aller faire un peu connaissance avec ce dur au coeur tendre, d’aller flâner sur son blog et son forum.

Le style de l’auteur tient à la fois de Lautréamont et de Céline. La plume peut être aussi acerbe, virulente, que poétique. Quant à la trame de l’histoire, elle m’a fait penser un peu aux Lettres Persanes de Montesquieu. Je veux dire par là qu’il s’agit de personnages complètement inventés (trois ici, Zébu, Krem et Pou, des « Coccinialbulles »), parfois loufoques, mais souvent lucides. Ces derniers sont là non pas juste pour amuser le lecteur. Il y a une véritable réflexion sur la société. C’est en cela qu’ils me font penser à Rika et Usbek.

Je le disais, si Guy Sembic a tendance à vociférer, il peut aussi laisser aller sa plume et changer radicalement de style en employant de la poésie. Son cœur est, selon son expression favorite, « grand comme un cosmos ». Son analyse est toujours fine. Il s’attache aux visages, les yeux de l’âme. Vous remarquerez d’ailleurs, en lisant son texte, que le terme revient souvent. Il défend les plus faibles, les plus désœuvrés, en Robin des Bois du stylo, quitte à en ébouriffer plus d’un à travers un langage peu conventionnel.

En tous les cas, voici un texte qui ne peut pas laisser indifférent !

Extrait :

Au pied du cube des Coccinialbulles, sur un trottoir de vase vitrifiée cheminait un couple de retraités. C’était l’opulent monsieur Dupin, avec sa petite sacoche en cuir de vache en bandoulière et son beau pantalon à la papa au pli impeccable, suivi de sa Dupine bien enveloppée dans son bel imper fourré de très bonne coupe. Un petit chien frétillant à poils ras, quéquette en érection, trottinait hardiment et se précipitait dans les jambes encore bien galbées malgré son âge, de sa Dupine de maîtresse. Haletant, suffoquant, couinant, jappant et se tortillant en une transe de goret ivre, le petit toutou se dressa sur ses pattes arrière, déglutit son régal subit dans un spasme violent et contracté, frottant sa quéquette sur le bas du bel imper. Et la Dupine, dont l’élégance venait de ravir le jeune chiot, imperturbable, murée dans un silence aussi complice qu’outré, imagina le sourire narquois de la teinturière qui, inévitablement, ne manquerait pas de s’enquérir de cette coulure suspecte au bas du vêtement.

« Eh, t’as vu, Zébu, ces pépère et mémère endimanchés, sur le trottoir, en bas, avec leur petit toutou de cirque ? » s’écria Pou, encore en bandaison et le froc en accordéon.

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4 réflexions sur “Grand Hôtel du Merdier – Guy Sembic

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